Le cadmium, métal lourd aux effets dévastateurs, a refait surface dans le débat public en France, notamment au regard de l'histoire industrielle du Bassin decazevillois. Des médecins locaux, Pierre Delpech, Jacques Gervais et Jean-Robert Vergnes, ont depuis plus de six décennies mis en garde contre les dangers liés à ce poison. Roger Lajoie-Mazenc, journaliste, avait déjà attiré l'attention sur ce sujet à travers un dossier informatif.
Le 3 juin dernier, une proposition de loi portée par des députés écologistes a mis en lumière l'urgence sanitaire liée à l'exposition au cadmium, dont les niveaux permis en France sont parmi les plus élevés d'Europe. Le cadmium, soupçonné d'être à l'origine de cancers, d'insuffisances rénales, d'ostéoporose et de désordres cardiovasculaires, continue de menacer la santé des habitants d'une région historiquement marquée par l'industrialisation.
Trois médecins pionniers
Dans les années 1940, Pierre Delpech, qui a commencé sa carrière comme généraliste à Decazeville avant de devenir maire et conseiller général, a orienté ses études sur les effets toxiques du cadmium. Son mémoire sur "les ostéoses toxiques dues au cadmium" a suscité un intérêt majeur et a été publié dans des revues médicales de premier plan.
Avec son collègue Jacques Gervais, médecin du travail, il a rédigé une thèse en 1963 intitulée "L’intoxication cadmique", alors que d'autres pays avaient déjà reconnu les effets néfastes de ce métal sur la santé au travail. Ce n'est qu'en 1973 que le gouvernement français a pris des mesures pour reconnaître ces intoxications comme maladies professionnelles, une réparation bien tardive par rapport à d'autres nations.
En 1993, Jean-Robert Vergnes a également présenté sa recherche sur les intoxications dues au cadmium, avant d'entrer au conseil municipal d’Aubin.
Les luttes pour la santé publique
Des incidents sérieux, comme la pollution des eaux par l'entreprise de zinc Vieille Montagne à Viviez, ont suscité des préoccupations croissantes. La situation était d'autant plus alarmante lorsque, en 1986, des contaminations ont touché les ostréiculteurs locaux. En 2016, une étude sanitaire a été réalisée par l’InVS, révélant des niveaux préoccupants qui nécessitaient des mesures correctives.
Les résidus de traitement des eaux usées ont également soulevé des controverses. En 1993, des décisions ont été prises concernant la gestion de ces boues, initialement jugées inutilisables par les agriculteurs en raison de leur contenu en cadmium.
La menace d'inciation et les peurs persistantes
Un projet d'incinération était même à l'étude à la centrale thermique de Penchot, soulevant de vives inquiétudes parmi les citoyens face à une possible pollution atmosphérique accrue. Des dioxines potentiellement dangereuses auraient pu être libérées, amplifiant les risques sur la santé publique.
Les habitants du Bassin, conscients de ces menaces, demeurent plus que jamais vigilants face aux projets industriels qui pourraient compromettre leur santé. À l’occasion de l’inauguration d’une usine de valorisation des déchets à Viviez en août 2025, des voix s’élèvent pour rappeler que la surveillance et la protection de la santé doivent rester des priorités absolues.







