À travers le récit de neuf femmes résistantes en Dordogne, la journaliste Catherine Monroy dessine un portrait intime et émouvant de ces héroïnes, souvent oubliées. Son livre, intitulé Les Femmes de l’ombre, revient sur des vies marquées par la bravoure au cours d'une période tumultueuse.
Tout débute à Verteillac avec le nom d'Yvette Martinot-Lamartinie gravé sur un monument aux morts et un appel sur un groupe WhatsApp. Au départ, Monroy pensait que les récits de femmes dans la résistance étaient déjà largement explorés. Mais au fil des échanges, des souvenirs refont surface. « C’était ma grand-mère », « Elle a été héroïque… », relèvent des voix résonnantes.
Journaliste au Figaro et au Monde, Catherine Monroy, installée en Périgord depuis plusieurs années, confie qu'elle s'était souvent attardée sur les Silences de l’histoire de Michelle Perrot, mais réalisant que peu d’historiens s’étaient penchés sur le rôle des femmes dans la résistance.
Le vélo, instrument de liberté
Le récit de ces femmes, telles que Betty, Marie-Hélène et Noëlla, s’ancre dans une époque où le courage prenait des formes diverses. Les témoignages révèlent le parcours d'une génération marquée par l'idéalisme. Certaines, à peine âgées de 16 ans, ont bravé les risques, traversant souvent des lignes de front à vélo, un symbole de liberté, capable de leur permettre d’échapper à la vigilance allemande. Par exemple, Fernande Daguin a ainsi profité de l'insouciance juvénile pour manoeuvrer entre les checkpoints.
Monroy a réalisé qu’il était possible d’extraire des émotions profondes et rares des récits croisés de ces femmes. Au fil des pages, on découvre des âmes simples : une aubergiste discrète mais déterminée, une buraliste pédalant en cachette avec des informations essentielles. « Le vélo était vraiment l’instrument de liberté de ces femmes », note l'auteur.
Aubergistes, institutrices et résistantes
En explorant ces parcours, Monroy espère découvrir les émotions méconnues qui habitent encore ces récits. Noëlla Malard, par exemple, a caché des valises pleines de plans militaires, témoignant du rôle de chacun dans cette résistance discrète mais déterminée. Et puis il y a Nancette Blanchou, l'unique survivante parmi les portraits présentés, dont les expériences de jeunesse ont façonné un regard acéré sur le monde.

Les portraits réunis dans cet ouvrage nous rappellent la diversité et la richesse des récits de résistance. Chaque femme, à sa manière, a marqué l'histoire, souvent dans l'ombre, mais avec un impact durable qui mérite d'être célébré.
Zones d'ombre et zones éclaircies
Monroy n'occulte pas les zones d'ombre de ces histoires. Un exemple célèbre, Tamara Wolkonsky, dont le parcours reste énigmatique : riche héritière, elle a pourtant été très active dans la résistance. En 1944, son village a été incendié, et bien que certaines de ses actions soient discutables, son engagement dans les FFI en tant que médecin reste indéniable.
Dans son livre, Monroy annonce que l’inventaire des résistantes de Dordogne pourrait atteindre près de 200 femmes, mais les histoires de celles qui n'ont jamais voulu prendre les armes restent invisibles. « La guerre a été faite de combats et de révolutions d'idées, mais ces femmes, même sans armes, ont également revendiqué leur place dans l'histoire », conclut-elle.
Le spectacle vivant
Cette démarche s'est aussi traduite par une adaptation théâtrale, « Les Femmes de l'ombre », qui se décline en spectacles. Des lectures-spectacles, qui s’enrichissent de chaque témoignage collecté et des lieux dans lesquels elles sont présentées.
Les Femmes de l'ombre, éditions Fanlac, 120 pages, 15 €.







