Un rapport récent de l'Institut pour la Justice (IJP) révèle la problématique du travail dans les prisons françaises, souvent considéré comme une porte de sortie vers la réinsertion. En effet, la participation des détenus à des activités professionnelles a connu une chute alarmante au cours des soixante dernières années.
Illustrons ce constat par l'exemple de Kaïs J., un jeune homme de 18 ans, interpellé pour fraude à Paris. Lors de son procès, son avocat a souligné l'importance d'une promesse d'embauche dans une entreprise familiale pour éviter son incarcération. Cette situation illustre la manière dont le travail est perçu comme un facteur stabilisateur et de réinsertion dans le système pénal.
Au tribunal, la promesse d’embauche comme sésame
Il n'est pas rare qu'une promesse d'embauche soit utilisée pour obtenir une libération anticipée. Récemment, un narcotrafiquant reconnu parmi les plus dangereux de France a pu passer un entretien à l'extérieur, démontrant une fois de plus que le travail est considéré comme essentiel pour réinsérer les détenus dans la société. Toutefois, cette démarche se heurte souvent à la réalité que le travail pénitentiaire ne parvient pas à s'implanter correctement derrière les barreaux.
Selon le rapport de l'IJP, moins de 31 % des détenus exercent aujourd'hui un travail rémunéré, soit une chute drastique par rapport à 46,5 % en 2000. Cette précarité souligne un écart grandissant entre les intentions politiques et la réalité du terrain. Actuellement, même si 90 nouvelles entreprises ont fait leur entrée dans le système pénitentiaire, il faut reconnaître que l'augmentation de la population carcérale a largement dépassé les capacités d'insertion.
Une demande supérieure à l'offre
Paradoxalement, la demande de travail parmi les détenus reste élevée. Comme l'explique Thomas d'Harcourt, ancien cadre d'une association de réinsertion, travailler pour les services généraux est un privilège : « Les détenus se battent pour obtenir ces responsabilités. » Cependant, le rapport révèle que cette quête de travail est largement entravée par la surpopulation carcérale. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la population carcérale a explosé, passant de 51 000 détenus en 2000 à plus de 85 000 aujourd'hui, alors que l'offre de travail n'a que peu évolué.
Des problématiques structurelles
D'autres facteurs viennent aggraver la situation : la majorité des détenus (53 %) n'ont pas de diplôme, et 75 % ont un niveau scolaire inférieur ou égal au CAP. De plus, la raréfaction des entreprises prêtes à s'installer dans les prisons, souvent rebutées par les contraintes sécuritaires, ne fait qu'ajouter à la complexité du problème.
Il est impératif d'agir, car l'inactivité au sein des prisons engendre de nombreux effets négatifs. Comme l'évoque le rapport de l'IJP, travailler favorise non seulement la réinsertion professionnelle, mais apporte également une stabilité psychologique aux détenus. La lutte contre l'oisiveté doit donc passer en priorité.
Vers une réforme nécessaire
Le rapport propose plusieurs recommandations pour rectifier le tir : une obligation de travail ou d'activité pour les détenus, la création de nouveaux ateliers, un système de rotation pour garantir l'accès au travail, et une réévaluation des conditions de travail pénitentiaire. La fin du travail obligatoire en 1987 doit être reconsidérée à la lumière des réalités actuelles.
En somme, le défi du travail pénitentiaire en France est immense, mais il est possible de redresser la barre en misant sur l'engagement politique et l'innovation dans le système carcéral. Les témoignages du terrain, les études et les propositions concrètes peuvent, espérons-le, mener à un changement significatif dans les conditions de vie des détenus et leur préparation pour la réinsertion.







