À Cambo-les-Bains, un petit panneau accroché à la façade de la Chapelle aux icônes raconte une histoire longtemps silenciée. Ce monument, érigé entre 1956 et 1962, a été construit par des clercs tournés vers la guérison dans le cadre d'un projet novateur de soutien médico-psychologique pour prêtres souffrant de diverses affections psychiatriques, notamment la pédophilie. Selon une enquête menée par Sud Ouest, ce centre a laissé des cicatrices indélébiles dans la collectivité.

Jean-Baptiste Arreguy, 75 ans, se souvient avec émotion de ces événements. Victime dans sa jeunesse d'une agression par un prêtre, il a consacré une partie de son existence à faire émerger cette mémoire enfouie. Pour lui, ce geste de commémoration est une façon de rétablir la vérité. « Cette plaque est le symbole d'un long combat pour les victimes », déclare-t-il.

Une réhabilitation mémorielle

Il existait un besoin pressant de reconnaitre la souffrance des victimes. Interrogés sur cette initiative, les membres de l'association Arditeya, en charge de la chapelle, expriment leur surprise face à cette histoire cachée. Henri Saint-Jean, président du conseil d’administration, explique : « Nous n'étions pas au courant des détails, mais maintenant que nous le savons, nous ne pouvons pas les ignorer. »

Un passé obscur

À l'époque, la démarche de soins pour les prêtres était d'une rare audace. Comme l'explique Jean-Baptiste, « écarter les pédophiles comme des monstres n'aurait rien résolu. Il fallait leur apporter un traitement », une position partagée par des psychanalystes tels que Philippe Parrot et Marc Oraison, qui ont également contribué aux travaux au centre. L'expérience a duré six ans avant que la structure ne soit transférée à Bruges, en Gironde, laissant derrière elle la Chapelle aux icônes, dont les murs ont été embellis par le peintre Albert Proux.

La voix des victimes

Aujourd'hui, grâce à l'engagement de personnes comme Jean-Baptiste Arreguy, l'histoire se dévoile peu à peu. Un texte commémoratif sera apposé en janvier 2026, en mémoire de toutes les victimes oubliées. « Les victimes étaient les grandes absentes de cette affaire », conclut-il.