Aux États-Unis, alors que critiquer la guerre ou la surveillance demeure acceptable, la contestation des data centers ou de l'intelligence artificielle s'avère plus problématique. Les récents mouvements de contestation, comme le souligne le projet Data Center Watch de 10a Labs, prennent de l'ampleur dans les réunions publiques et les commissions budgétaires. Ces instances sont devenues des foyers d'opposition visibles face à la montée des technologies numériques. Erin Brockovich, célèbre activiste, a lancé une plateforme pour recenser les centres de données et les problèmes qu'ils engendrent.
Des manifestations publiques...
Des collectifs s'organisent désormais dans quarante États pour s'opposer à l'implantation de centres de données. Dans certains cas, des opposants ont été contraints à l'expulsion ou à l'arrestation avant même de s'exprimer lors de réunions publiques. Ces contestations, souvent motivées par des préoccupations locales concernant le bruit ou la consommation d'énergie, attirent l'attention des services de renseignement qui voient en elles des foyers potentiels de militantisme généralisé contre l'IA.
Des documents divulgués par Wired révèlent que les autorités américaines examinent une nouvelle catégorie d'extrémisme, qualifiée d'"anti-technologie". Cette étiquette englobe un éventail varié d'activistes, allant des écologistes aux sceptiques de l'intelligence artificielle.
... au désordre civil?
La rhétorique de la sécurité nationale, récemment accentuée par des politiques antiterroristes, se concentre également sur la surveillance des manifestants contre les technologies numériques. Le coordinateur antiterroriste de la Maison Blanche a classé ces extrémistes parmi les priorités de sécurité intérieure, tout en redéfinissant la nature même des menaces. Des rapports internes du FBI et du Department of Homeland Security mettent en garde contre des troubles civils possibles liés à l'adoption massive de technologies émergentes.
Manifestations physiques et discours en ligne
Cette surveillance repose sur un réseau complexe de "fusion centers" créés après le 11 septembre, qui décloisonnent l'information entre différentes agences. Les manifestations locales sont scrutées minutieusement, et des rassemblements sont souvent intégrés dans des rapports d'activités jugées suspectes. Les autorités ne se limitent plus aux préoccupations sécuritaires traditionnelles ; désormais, toute critique des infrastructures numériques est surveillée.
Des entreprises de renseignement surveillent également les discours en ligne contre les technologies, analysant des conversations sur des plateformes comme Discord, où des appels à la violence peuvent émerger.
Des catégories floues
Spencer Reynolds, avocat au Fonds de défense juridique de la NAACP, critique ces pratiques de surveillance, arguant que cette démarche assimile des opinions légitimes à des signaux de radicalisation potentielle. Il souligne que des comportements innocents, tels que la photographie ou l'observation de sites, sont désormais perçus comme des précurseurs d'extrémisme.
"Les rapports de renseignement sont souvent peu fiables et reposent sur des interprétations variables," observe Reynolds. "Cela risque de criminaliser un simple désaccord."
Une définition extensible du risque
Mauro Lubrano, auteur de Stop the Machines: The Rise of Anti-Technology, avertit contre les abus possibles d'une définition trop large de l'extrémisme anti-technologie. Bien que la violence soit inacceptable, il exhorte à ne pas réduire au silence les critiques des nouvelles technologies. Reynolds redoute également que des critiques légitimes de l'IA soient considérées comme des signes de radicalisation.
Le FBI prétend que ses efforts de surveillance se concentrent uniquement sur ceux qui commettent des actes violents. Cependant, la réalité reste préoccupante : les différences entre désaccords démocratiques et soupçons de radicalisation se brouillent dangereusement.
Au fond, cette nouvelle approche met en lumière une tension sous-jacente dans une société où les technologies empiètent de plus en plus sur la vie démocratique, faisant peser le risque de criminalisation des voix dissidentes.







