Ce mardi 2 juin, l'Assemblée nationale se penche sur une proposition de loi visant à diminuer la présence de cadmium, un métal lourd nocif, dans les engrais utilisés en agriculture. Adopté en commission le 27 mai, le texte du député écologiste Benoît Biteau a pour objectif de réduire le seuil autorisé à 20 mg/kg d'ici 2030, en réponse à une contamination alarmante en France, jugée sans précédent en Europe.
Cette initiative législative cherche à minimiser les risques d'exposition au cadmium, qui touche de manière disproportionnée la population française. Le texte a évolué depuis sa première version, qui proposait une interdiction totale. Pour concilier composante écologique et économique, le projet envisage une diminution progressive des taux de cadmium dans les engrais phosphatés, qui représentent une source majeure de ce métal dans les sols agricoles.
Toxique et cancérogène
Un récent rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) met en avant que l'alimentation est la première source d'exposition au cadmium en France. Ce métal lourd est reconnu pour ses effets toxiques sur la reproduction et ses propriétés cancérogènes lors d'une exposition prolongée. L’Anses recommande d'abaisser les limites maximales de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 mg/kg, contre 90 mg/kg actuellement en France, alors que la réglementation européenne prévoit un maximum de 60 mg/kg.
Selon Benoît Biteau, en raison de considérations "d'approvisionnement" et "diplomatiques", l'industrie française a été autorisée à maintenir ces seuils élevés, entraînant une contamination de la population qui se distingue parmi les autres pays européens. "Il est impératif que la France prenne les devants par rapport aux autres États membres", a-t-il déclaré.
Une stratégie progressive
La loi propose une stratégie par paliers : réduire le seuil maximal à 40 mg/kg dès 2027, puis à 20 mg/kg à partir de 2030. Des amendements visant à assouplir cette trajectoire ont été rejetés, malgré les préoccupations exprimées par certains députés qui prônent de donner plus de temps aux producteurs pour s'adapter. Le gouvernement envisage une approche plus graduelle, proposant d'atteindre 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030, et 20 mg/kg d'ici 2038.
Consensus difficile
La députée MoDem Louise Morel a souligné que ce texte pourrait mettre en péril la compétitivité des agriculteurs français, dont la majorité obtient ses engrais à l'importation. Au contraire, Benoît Biteau a affirmé que les producteurs d'engrais étaient capables de s'adapter grâce à des processus de "décadmiation" jugés peu coûteux, avançant que le surcoût pour les agriculteurs se chiffre à seulement "2 euros par hectare et par an".
Ce débat met en lumière non seulement les enjeux de santé publique liés à l'utilisation du cadmium, mais aussi les défis économiques associés à une agriculture durable. Les experts et les députés continuent de discuter des meilleures solutions pour garantir la sécurité alimentaire tout en protégeant la santé des citoyens.







