Avec leurs structures préfabriquées de 40 m² et leur offre de 700 produits du quotidien, les supérettes en libre-service Api ont vu le jour dans 138 villages de l'ouest de la France en trois ans. Grâce à une caisse automatique et un accès au magasin 24 heures sur 24, elles s'efforcent de stopper le déclin des commerces en milieu rural.
Annie David, résidente de Claix (Charente), ne cache pas son enthousiasme : "Ça m'a changé la vie, je ne fais quasiment plus de courses en grande surface". Ce constat est partagé par Dominique Pérez, le maire de la commune, qui a cherché depuis 2008 à dynamiser sa localité. "Si c'était à refaire, on signerait des deux mains", insiste-t-il, ravi d'apporter un service de proximité à ses concitoyens.
Marie-Laure Basset, la directrice générale d'Api, évoque l'ambition de sa société : "redynamiser le monde rural". Actuellement présente dans quatre régions et 19 départements, Api vise l'ouverture de 50 à 70 nouvelles supérettes d'ici 2026, portant leur nombre à 200. L'Insee souligne l'importance de cette initiative, notant qu'en 2021, 62% des communes françaises étaient dépourvues de commerces, un chiffre en forte augmentation par rapport aux années 1980.
Api fonctionne grâce à des "apiciers" qui remplissent régulièrement les rayons et assurent le nettoyage. En collaboration avec Carrefour, la supérette propose un mélange de produits locaux et des articles bien connus du grand public. Depuis deux ans, l’entreprise a obtenu le statut de "société à mission", mettant des objectifs écologiques et sociaux au cœur de son activité tout en cherchant à créer du lien social, comme l'affirme son site officiel.
Cependant, cette aventure ne fait pas l'unanimité. À Château-Larcher (Vienne), le maire Francis Gargouil se montre critique : "Ils ne sont là que pour faire du fric. Au bout d'un an, s'ils constatent un manque de succès, ils packagent et s'en vont". En réaction, les responsables d’Api assurent qu'ils doivent parfois réévaluer leurs critères d’implantation.
Derrière cette "success story" se cache une réalité financière plus complexe. Bien que l’entreprise ait triplé son chiffre d’affaires en 2024, elle reste déficitaire de près de 9 millions d'euros. En outre, la société personnellement dirigée par Marie-Laure Basset, qui a une expérience dans de grands groupes comme Danone, espère atteindre la rentabilité d'ici fin 2026 grâce à ses ambitions d’expansion.
Les avis des experts du secteur restent partagés, notamment à la suite de la faillite de Boxy, une autre chaîne de supérettes autonomes, qui a échoué en raison de la difficulté à atteindre la rentabilité, malgré un investissement initial de 25 millions d'euros. Selon David Gabai, l'un des cofondateurs de Boxy, "sans bénéfices d'ici cinq ans, cela pourrait se terminer par une fermeture".
Ainsi, l'histoire des supérettes en libre-service Api, lorsqu'elle est scrutée de près, se révèle tracée à la croisée des chemins. Entre espoir de revitaliser le commerce rural et réalités économiques, les enjeux sont multiples et cruciaux pour l’avenir des villages français.







