À Pressac, dans le sud de la Vienne, une jeune start-up, Cyclair, a créé un robot autonome guidé par l’IA pour désherber les grandes cultures sans aucun produit chimique.
Éloignée des clichés habituels des start-ups urbaines, Cyclair trouve ses racines dans une grange en pierres au cœur des champs de Pressac, dans le Poitou. Son fondateur, Sébastien Gorry, a grandi au sein de cette ferme familiale et est sensible aux défis rencontrés par les agriculteurs. Après douze ans d’expérience dans le secteur industriel, il revient à ses origines avec un projet ambitieux.
« J'en avais assez d'entendre les critiques sur l'agriculture et son impact environnemental. J'ai voulu mettre à profit mes compétences en robotique et IA pour concevoir un robot capable de désherber, en respectant la nature », affirme-t-il.
Un robot à mutualiser
Fondée en 2019, Cyclair repose sur un concept de robot autonome capable d'analyser son environnement : cultures, mauvaises herbes, haies, et autres obstacles. Grâce à son programme de reconnaissance des plantes, il navigue sur les parcelles pour désherber efficacement, quel que soit le relief du terrain.
« Nos recherches visaient à concevoir un robot capable d’optimiser le désherbage tout en respectant la rentabilité nécessaire pour les agriculteurs. Avec une largeur de 7 mètres et une vitesse de 2 à 4 km/h, notre robot peut traiter jusqu'à vingt hectares par jour, alors que les robots de maraîchage n’en couvrent que quatre. Son autonomie, alimentée par un système hybride, est de 30 à 40 heures. »
« C’était indispensable pour nous d’être compétitif face au désherbage chimique »
Au prix de 200.000 euros par unité, ce robot est destiné à être partagé parmi les exploitants agricoles. Le modèle économique se tourne vers les entreprises de travaux agricoles (ETA) et les coopératives d’utilisation du matériel agricole (Cuma). « L'investissement se fait par ces entités, qui le proposent ensuite aux agriculteurs, pour un coût à l’hectare entre 45 et 60 €, équivalent à celui du désherbage chimique. Rester compétitif est crucial, et l'argument écologique à lui seul ne suffit pas », précise Sébastien Gorry.
Faire vivre le village
Les applications futures de ce robot pourraient être élargies : « Nous envisageons de lui faire analyser la présence de nuisibles en étudiant les traces laissées sur les plantes. Il pourrait alors localiser précisement les zones affectées et intervenir en conséquence. »
Trois robots de taille réduite ont déjà été développés, et six unités plus grandes devraient être livrées d'ici cet été, avec un objectif de doublement de la production annuelle. En raison de la croissance de l'entreprise, un nouveau local industriel a été acquis par le Syndicat d'économie mixte et le Département, où Cyclair prévoit d'étendre ses activités de production. « Une levée de fonds de 2 millions d'euros, avec la Région Nouvelle-Aquitaine comme investisseur principal, nous inspire beaucoup d’optimisme quant à l’avenir. Notre équipe de vingt-cinq personnes contribue également à dynamiser cette petite commune rurale », conclut-il.







