Lundi, les prix du pétrole ont connu une forte hausse, dépassant temporairement les 80 dollars le baril, en raison des frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, suscitant des craintes concernant une grave perturbation de l'offre mondiale.
À 01H45 GMT, le baril de Brent a grimpé de 5,15 % pour atteindre 76,62 dollars, après avoir ouvert avec une envolée spectaculaire de 13 % à 82 dollars. De son côté, le baril de WTI nord-américain s'est apprécié de 4,82 % pour se chiffrer à 70,24 dollars.
La référence internationale, le Brent, avait déjà intégré un risque géopolitique, s'établissant à 72 dollars vendredi, en nette augmentation par rapport aux 61 dollars observés au début de l'année.
Suite à l'attaque de deux navires au large des Émirats arabes unis et d'Oman dimanche, l'Organisation maritime internationale (OMI) a fortement conseillé aux compagnies maritimes d'éviter cette zone, où le coût des assurances a atteint des sommets. Les principales entreprises ont d'ores et déjà annoncé la suspension de leurs opérations dans le secteur.
Par conséquent, le transit maritime à travers le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole - soit environ 20 millions de barils par jour - est de facto en suspens.
- Vers 100 dollars ? -
En théorie, les pays importateurs de pétrole disposent de réserves, avec des membres de l'OCDE qui se doivent de maintenir 90 jours de stock. Cependant, selon Eurasia Group, "en cas d'interruption prolongée des livraisons via Ormuz, le pétrole brut pourrait rapidement atteindre 100 dollars le baril, surtout si des attaques surviennent contre des installations pétrolières dans la région."
La dernière hausse significative des prix avait eu lieu au début de la guerre en Ukraine, provoquant une inflation durable avec l'augmentation concomitante des coûts du gaz.
Face à cette situation, l'Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l'alliance Opep+ ont décidé d'augmenter leurs quotas de production de 206 000 barils par jour pour le mois d'avril. Cependant, comme le remarque Charu Chanana de Saxo Markets, "même sans interruption totale de la production, cette situation pourrait maintenir les prix du pétrole et des fret à des niveaux élevés."
Des infrastructures alternatives pourraient, en effet, être mobilisées pour contourner les flux passant par le détroit; néanmoins, selon Jorge Leon de Rystad Energy, cela impliquerait une perte nette de 8 à 10 millions de barils d'offres.
L'Iran, qui produit environ 3,1 millions de barils par jour, est un acteur majeur sur le marché mondial, et des frappes sur ses infrastructures auraient des répercussions à long terme. En outre, les raffineurs chinois, qui s'approvisionnent principalement en pétrole iranien, sont particulièrement vulnérables à une éventuelle interruption des livraisons.
D'après l'Agence internationale de l'énergie, plus de 80 % du pétrole transitant par Ormuz est destiné aux marchés asiatiques. Les experts de TD Securities, cités par Bloomberg, soulignent que la perte d'une source de pétrole bon marché provenant d'Iran pourrait profiter à la Russie, à mesure que la demande s'oriente vers le pétrole de l'Oural.
- "Talon d'Achille" de Trump -
Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, évoque que "le talon d'Achille du président américain Donald Trump est constitué par les prix pétroliers élevés". Elle insiste sur le fait que l'Iran pourrait vouloir maintenir ces prix élevés pour influencer l'électorat américain avant les élections de mi-mandat.
Enfin, les prix du gaz pourraient également être affectés, un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié transitant aussi par Ormuz, en provenance principalement du Qatar. "Des dizaines" de pétroliers sont actuellement à proximité du détroit, et si la situation se stabilise, "ces navires pourraient rapidement reprendre leur approvisionnement sur le marché mondial", conclut Eurasia Group.







