La Génération Z du Kenya active la campagne #NikoKadi (j’ai une carte de vote) pour susciter l’engagement électoral des jeunes. Toujours marqués par les manifestations de juin 2024 contre les hausses d’impôts instaurées par William Ruto, ces jeunes, frustrés par la situation actuelle, aspirent à destituer le gouvernement en place.
Le 30 mars, un groupe de jeunes Kényans a répondu à l’appel d’un mouvement sur les réseaux sociaux pour s’inscrire sur les listes électorales, une initiative destinée à contrer le désengagement qui pèse sur leur génération. La contestation de 2024, qui a notamment vu le président Ruto perdre en popularité, a été déclenchée par l'annonce de nouvelles taxes. La vague de mécontentement a rapidement évolué en un vaste mouvement de défense des droits, critiquant la corruption et les abus.
Des organisations de droits humains rapportent que plus de 100 personnes ont été tuées durant les répressions qui ont suivi ces manifestations. Alors que les rues se sont calmées, un sentiment de désillusion persiste parmi les jeunes, déçus par un président qui promettait d’améliorer leur condition. Malgré une faible participation électorale, une campagne baptisée #NikoKadi est en cours pour encourager les jeunes à enregistrer leurs voix pour les élections de 2027.
Mark Kipchumba, 21 ans, résume bien le sentiment général : « Les gens souffrent, les gens meurent. L’argent disparaît comme par magie ». Son engagement dans #NikoKadi est motivé par les difficiles réalités économiques. De son côté, la Commission électorale indépendante (IEBC) souhaite enregistrer 2,5 millions de nouveaux électeurs dans un délai de 30 jours.
A l'approche des élections présidentielles, l’objectif total est d'attirer 6,3 millions de nouveaux électeurs, dont 70 % de jeunes. « Cette carte de vote représente un espoir pour l’avenir », affirme Peter Mwangi, un étudiant en cinéma.
Pour séduire leurs pairs, les jeunes innovent avec des initiatives ludiques sur TikTok, offrent des réductions aux nouvels inscrits ou demandent une carte d’électeur pour accéder à des concerts. Ademba Allans, un militant des droits civiques à l'origine de la campagne, note un début de mobilisation, mais souligne que « l’apathie demeure un défi ».
Changer le système
Les élections de 2022 avaient enregistré un taux de participation alarmant, particulièrement chez les jeunes. Seulement 39,8 % d'entre eux étaient inscrits, une baisse notable comparée à 2017, comme l'a souligné la Fondation Kofi Annan.
Ademba Allans espère que le mouvement actuel contribuera à un véritable changement politique, promouvant une nouvelle ère où les jeunes ne se sentent plus ignorés par les dirigeants. « Nous voulons faire évoluer le système. Nous voulons destituer tous ceux qui sont au gouvernement », déclare-t-il, déterminé à faire entendre cette voix puissante qui s’élève pour un avenir meilleur.
Pour certains, comme Velma Omondi, 22 ans, la campagne prend une tournure personnelle. Elle a menacé ses amies de « couper les ponts » si elles n'allaient pas s'inscrire : « On ne peut pas appeler au changement si on n’est pas prêt à y participer », dit-elle, témoignant de l’importance que revêt cette mobilisation pour la jeunesse kényane.







