Les livreurs à vélo, souvent engagés dans des conditions précaires, font face à des défis alarmants, selon une étude récente de Médecins du Monde, critiquée par les plateformes concernées.
Journées interminables, rémunération dérisoire et encadrement algorithmique opaque... Dans son rapport publié le 31 mars, Médecins du Monde a interrogé plus de 1.000 livreurs à Paris et à Bordeaux durant le premier semestre de 2025. Les résultats sont révélateurs : ces livreurs d’Uber Eats, Deliveroo et autres plateformes assurent en moyenne 63 heures de travail hebdomadaires pour un revenu brut mensuel de seulement 1.480 euros, bien en dessous du Smic.
Des statistiques inquiétantes se dégagent : « 98,8 % sont des hommes, 81,4 % ont moins de 35 ans, 98,7 % sont issus de l'immigration, et 64,4 % n’ont pas de titre de séjour », précise l’étude. Ce constat est renforcé par le fait que trois quarts d'entre eux ne sont que « locataires » de leur compte de livraison, versant en moyenne 528 euros par mois à un propriétaire.
Ces travailleurs évoquent des journées « éreintantes », souvent sans réel temps de repas, comme l’indique l’ONG.
Accidents et anxiété : un quotidien risqué
Pire encore, plus d’un livreur sur deux a déjà été impliqué dans un accident de travail. Une majorité admet suivre rigoureusement les instructions de la plateforme, craignant d’être déconnectée. Ces conditions de surveillance permanente suscitent angoisse et stress, selon l’agence sanitaire Anses. Les douleurs physiques et psychologiques sont fréquentes.
Deux tiers des livreurs interrogés se plaignent de douleurs au niveau du dos, des poignets ou des genoux, ainsi que de fatigue mentale, d’anxiété et parfois de dépression.
Uber Eats a contesté l’étude, signalant la méthodologie, jugée biaisée, qui repose sur un nombre restreint de témoignages provenant principalement de populations précaires. La plateforme indique que ces résultats ne reflètent pas l'ensemble de son réseau qui s'étend à 538 agglomérations.
La question du statut : indépendance ou précarité ?
Un enjeu central demeure : les plus de 70.000 livreurs en France sont-ils vraiment indépendants ou subissent-ils une forme de salariat sans en retirer les bénéfices ? Ce débat a déjà conduit à des condamnations de plateformes comme Deliveroo pour travail dissimulé, une situation que l’Union européenne s'efforce de réguler. Un texte voté en novembre 2024 vise à corriger ces situations de « faux travail indépendant ».
Des soins délaissés
Le syndicat Union-Indépendants a appelé le gouvernement à agir face à cette situation. Médecins du Monde souligne que 68 % des livreurs ne bénéficient pas d'une couverture santé adéquate, et de nombreux renoncent aux soins pour des raisons d’ordre économiques ou administratives.
Une chute préoccupante des revenus
Une étude de l’autorité de régulation du secteur (Arpe) a révélé une baisse significative des revenus des livreurs entre 2021 et 2024, tandis que les entreprises comme Deliveroo mettent en avant des augmentations dans leurs rémunérations. Ces déclarations restent à prendre avec précaution face à la réalité du quotidien de ces travailleurs.







