Cinq jours après leur retour en France, Cécile Kohler et Jacques Paris ont partagé leur expérience éprouvante lors d'un entretien sur le plateau du 20 heures de France 2. « À partir de notre arrestation, tout a basculé, nous sommes rentrés dans un autre monde », relatent-ils, évoquant les trois ans et demi dans la sinistre prison d'Evin à Téhéran.
"Sans lit, sans brosse à dents, sans matelas, sans rien"
Arrêtés le 7 mai 2022 sous l'accusation d'espionnage, la professeure de lettres de 41 ans et l'enseignant retraité de 72 ans ont plongé dans un véritable cauchemar. “Cela a été un processus de déshumanisation”, confie Cécile. Les conditions étaient particulièrement difficiles : privation totale de biens matériels essentiels. "Des menaces étaient omniprésentes : isolement, pendaison, et même des menaces d'envoi dans des lieux de non-survie”, ajoute-t-elle.
Un vrai défi psychologique et physique auquel Jacques a réagi en pratiquant du sport. “Cela occupait une grande partie de ma journée, c'était ma manière de tenir le coup”, explique-t-il, cherchant ainsi à apaiser son esprit tourmenté.
"Ça faisait partie du processus de torture blanche," témoigne Cécile. Elle évoque également la privation de confort, notamment des livres, qui a été un véritable supplice. Lors de ces nuits sombres, elle a trouvé une échappatoire en récitant des vers d'Homère : "L'Odyssée". "Je me concentrais sur les vers, principalement pour apaiser mon anxiété", explique-t-elle, mentionnant jusqu'où elle est allée en mémorisant jusqu'au cinquième chant avant qu'on lui retire ce soutien vital.
Libérés en novembre 2023, les deux enseignants ont été assignés à résidence à l'ambassade de France à Téhéran, avec l'interdiction de quitter le pays. Malgré ces épreuves, Cécile exprime une certaine forme de gratitude : "On peut nous souhaiter d'être heureux, mais je pense qu'on est bien partis. Notre mantra c'est 'vive la vie'". Jacques ajoute : "C'est un nouveau départ, la vie s'ouvre à nous".







