Au cœur des Caraïbes colombiennes, la majestueuse Sierra Nevada se présente comme un véritable paradis aux eaux turquoise. Toutefois, derrière ce tableau enchanteur se cache une réalité désenchantée pour les habitants de cette région. En effet, sous le regard des touristes, des communautés locales subissent l'oppression de groupes armés tels que les Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada (ACSN), qui imposent leur loi sur cette terre.
Ces groupes, d’origine paramilitaire, s’enrichissent grâce à leur contrôle des voies de narcotrafic, instaurant un climat de peur qui laisse les commerçants et les populations autochtones dans une constante angoisse. Norma Vera, chercheuse en sociologie, précise que les ACSN exercent une domination sur les terres et les habitants par une gouvernance armée, exploitant illégalement des ressources naturelles tout en s’enrichissant aux dépens des locaux.
"Nous sommes piégés par la peur", témoigne Atanasio Moscote, gouverneur du peuple kogui, qui évoque l’avenir incertain de sa communauté face à une présence armée intrusive. Pour Moscote, vêtu de vêtement traditionnel, cette situation crée un déséquilibre profond dans la Sierra, perturbant l’harmonie de la région, considérée comme "le cœur du monde" par les indigènes.
La fermeture récente du parc Tayrona pendant plus de deux semaines, en raison des extorsions qui touchent son personnel, a révélé l'ampleur de cette crise. Les autorités cherchaient non seulement à protéger les employés du parc, mais aussi à contrer les attaques contre les efforts de conservation, comme celles relayées par Le Monde.
"La sécurité de nos forêts et de notre biodiversité dépend de notre présence", explique Yeiner Hernandez, un agent de conservation, lors d'une mission pour surveiller les ressources précieuses de la région. Pourtant, les défis sont nombreux dans cette forêt sèche, qui abrite des écosystèmes marins et attire chaque année plus de 873.000 touristes en quête d'évasion.
Les différentes communautés indigènes de la zone – Arhuacos, Koguis et autres – ont longtemps fait face aux impacts d’un conflit interne colombien qui dure depuis plus de soixante ans, mais ils s'estiment confrontés aujourd'hui à un niveau de violence inédit. Luis Salcedo, gouverneur arhuaco, mentionne des affrontements entre le Clan del Golfo, un autre groupe paramilitaire, et les ACSN, créant un climat d’insécurité pour ces populations qui vivent de leurs traditions.
Omar Garcia, président du syndicat hôtelier de Santa Marta, lance l'alerte sur l'impact négatif des ACSN sur le secteur touristique, essentiel pour les communautés locales. "Le simple bruit d’une menace peut dissuader les visiteurs, touchant ainsi chaque aspect de la vie dans la région", avertit-il. Dans ce coin de Colombie, la beauté naturelle est confrontée à une lutte bien réelle pour la survie des habitants.







