La lauréate du prix Nobel de la paix, Narges Mohammadi, vient d'être libérée sous caution à Téhéran afin de recevoir des soins médicaux. Militante acharnée pour les droits humains depuis plus de vingt ans, son engagement lui a coûté de nombreuses années de sa vie en prison et une séparation douloureuse d'avec sa famille.
Lors d'une visioconférence fin 2024 avec le comité Nobel, elle a affirmé avec force : "Je ne laisserai pas l'emprisonnement me faire taire. Jamais". Aujourd'hui âgée de 54 ans, elle continue de s'exprimer contre des injustices telles que le port obligatoire du voile et la peine de mort au sein de la République islamique.
Un an avant sa libération, alors que le mouvement "Femme, Vie, Liberté" prenait de l'ampleur en Iran, elle a reçu le prix Nobel pour sa lutte inflexible contre l'oppression des femmes et pour les droits humains. Son mari, Taghi Ramani, et leurs jumeaux, Ali et Kiana, ont voyagé jusqu'à Oslo pour recevoir ce prix en son nom.
La cérémonie a été marquée par une photo de Narges, au sourire rayonnant, symbolisant le combat contre le pouvoir religieux établi après la révolution islamique de 1979. Taghi Ramani a confié à l'AFP : "Elle est la personne la plus déterminée que je connaisse".
Née en 1972 à Zanjan, Narges a d'abord étudié la physique avant de devenir ingénieure et journaliste. Elle a rejoint le Centre des défenseurs des droits de l'Homme, fondé par la prix Nobel Shirin Ebadi.
Pour défendre ses trois combats majeurs — les droits humains, les droits des femmes et la justice — elle a sacrifié sa vie de famille. Coupée de ses enfants depuis 2015, elle évoque souvent la douleur d'être séparée d'eux. Sa vie en prison a été marquée par plus de dix ans de détention pour des accusations contre la sécurité nationale.
"Ma plus grande souffrance est de ne pas être avec mes enfants, que j'ai laissés à l'âge de huit ans", a-t-elle déclaré récemment à l'AFP. "Nous devons continuer à lutter et à nous sacrifier pour la liberté et la démocratie en Iran".
Le régime iranien et les médias officiels méconnaissent son engagement. Lors de son arrestation en décembre, l'agence de presse Fars l'a accusée d'agir contre la sécurité nationale. Dans son livre "White torture", elle dénonce les conditions de détention inhumaines, en particulier l'isolement.
Malgré l'adversité, Narges a organisé des actions de soutien pour le mouvement "Femmes, Vie, Liberté" même en prison. Ses conditions de détention ont dégradé sa santé : elle a subi deux crises cardiaques et perdu 20 kg, faisant dire à son avocate française, Chirinne Ardakani, qu'elle est devenue "méconnaissable".
Son fils, Ali, a exprimé dans un message poignant : "Ma mère a payé un lourd tribut, mais elle reste notre source d'inspiration. Le peuple iranien est uni pour sa liberté".







