La Commission européenne a fait savoir qu'elle prévoyait d'inviter prochainement des représentants talibans à Bruxelles pour des discussions concernant le renvoi de migrants vers l'Afghanistan. Selon des sources informées, une lettre sera expédiée rapidement à Kaboul pour convenir d'une date pour cette rencontre. Cette initiative, orchestrée en collaboration avec la Suède, fait suite à deux précédents voyages de responsables européens en Afghanistan sur le même sujet. "L'objectif est de poursuivre ces discussions à un niveau technique à Bruxelles", a précisé un porte-parole de la Commission.
Ce projet s'inscrit dans une tendance plus large au sein de l'Union européenne, où une vingtaine de pays cherchent des solutions pour renvoyer des migrants afghans, notamment ceux ayant des condamnations judiciaires. Une lettre datant d'octobre dernier souligne la nécessité de trouver des "solutions diplomatiques et pratiques" en vue de la gestion de ce dossier.
Un frein à l'accueil des Afghans
Cependant, cette démarche soulève de nombreuses interrogations éthiques, notamment en raison du dialogue avec les autorités talibanes, que l'Union européenne ne reconnaît pas officiellement. Afin de permettre leur venue à Bruxelles, les responsables talibans nécessiteraient un visa exceptionnel. La Belgique, en tant que pays hôte des institutions européennes, a déclaré être prête à l'accorder si la Commission européenne proposait une telle invitation.
En 2025, les Afghans constituaient la nationalité la plus représentée parmi les demandeurs d'asile dans l'Union européenne. Or, après avoir soutenu des centaines de milliers d'Afghans durant les conflits passés, le Vieux Continent adopte maintenant une position plus restrictive. L'Allemagne a été pionnière en procédant, en 2024, à l'expulsion groupée d'Afghans condamnés, en utilisant des vols charters facilités par le Qatar. L'Autriche a suivi cette voie, recevant une délégation de responsables talibans plus tôt en septembre dernier.
Une décision qui pourrait coûter des vies
Ces initiatives sont fortement critiquées par des ONG. Lisa Owen, du International Rescue Committee, a averti : "Renvoyer des Afghans vers un pays où près de la moitié de la population a du mal à se nourrir n'est pas une politique migratoire, mais une décision susceptible d'entraîner des pertes humaines." Mélissa Camara, élue écologiste, a qualifié cette approche de "profond renoncement" aux valeurs qui fondent l'Union européenne, appelant Bruxelles à ne pas franchir la ligne rouge.
En outre, certaines associations craignent que cette visite à Bruxelles mette en péril les droits fondamentaux de certaines personnes en permettant aux talibans de les identifier. Cependant, des sources diplomatiques ont répondu que la rencontre viserait principalement à régler des questions pratiques, comme la délivrance de passeports ou la gestion des capacités d'accueil à l'aéroport de Kaboul.







