Le président kényan William Ruto, en tant qu'hôte du premier sommet franco-africain organisé à Nairobi, a tiré la sonnette d'alarme mardi sur les inégalités diplomatiques et financières dont souffre le continent africain. Il a fait valoir que la voix de l'Afrique doit être entendue au sein d'organismes internationaux, en particulier au Conseil de sécurité de l'ONU.
Lors du deuxième jour de cette rencontre intitulée Africa Forward, Emmanuel Macron, président français, a répondu à l'appel de Ruto, affirmant que "la France soutient cet agenda".
"L'Afrique ne demande pas des privilèges, mais une équité" a déclaré Ruto de la tribune, devant une trentaine de dirigeants africains. Ce sommet a également mis l'accent sur l'entrepreneuriat, la jeunesse et le sport au cours de sa première journée.
Ruto a insisté sur l'urgence pour la communauté internationale de reconnaître que l'Afrique ne doit pas être exclue des décisions influentes. "Il est indéfendable qu'un continent de 1,6 milliard d'habitants reste sans représentation permanente au sein du Conseil de sécurité", a-t-il ajouté, soulignant que cette situation érode la légitimité de l'ordre international.
Macron, pour sa part, a exprimé le souhait de voir l'Afrique mieux représentée au sein des instances financières mondiales, tout en continuant de renforcer sa complicité avec Ruto tout au long des discussions du sommet.
Les deux présidents se retrouveront lors du G7 à Evian en juin, où ils comptent avancer sur une réforme de l'architecture financière internationale, visant à faciliter les investissements privés en Afrique.
Ruto a également dénoncé, avec préoccupation, un système financier mondial que l'on peut qualifier de structurellement inégal, citant des taux d'emprunt prohibitifs, l'accès limité à certains financements, ainsi que des préjugés dans les systèmes de notation qui freinent l’investissement étranger.
Loin de considérer cette situation comme inéluctable, Ruto a affirmé que "ce déséquilibre est injustifiable" et constitue un obstacle significatif face à la capacité de l'Afrique à assurer son développement. Selon lui, le continent dispose de plus de 4.000 milliards de dollars en épargne à long terme, des réserves qui doivent être utilisées pour financer ses propres projets et ambitions.
"Il est essentiel que l'Afrique finance son propre développement", a insisté M. Ruto, soulignant que ni la Banque mondiale ni le Fonds monétaire international ne peuvent à eux seuls assumer la charge du progrès souhaité.
Pour renforcer sa richesse interne, l'Afrique doit également améliorer la connexion entre ses États via la Zone continentale de libre-échange africaine (Zeclaf), entrée en vigueur en 2021 mais encore en phase embryonnaire. La nécessité de dynamiser les investissements dans les infrastructures de transport a été mise en avant, car le commerce intra-africain ne représente actuellement qu'environ 15% des échanges commerciaux selon des données de la Zeclaf.
À l'issue de la première journée, lorsque Macron et Ruto ont insisté sur le besoin d’investissements plutôt que d’aides publiques, le président français a annoncé un engagement de 23 milliards d'euros pour le continent africain, dont 14 milliards provenants du secteur privé.
Ruto a affirmé avec conviction, citant les ressources naturelles de l'Afrique, son potentiel en énergie renouvelable et sa population jeune, que le continent est non pas une partie des problèmes mondiaux, mais bien une partie de la solution. "Nous avons une occasion historique de mener la transition énergétique mondiale", a-t-il ajouté, insistant sur le fait que cette transition doit s'accompagner d'une industrialisation et d un développement intégral de l'Afrique.







