Alors que les coûts des engrais atteignent des sommets, en grande partie à cause des tensions géopolitiques, notamment la guerre au Moyen-Orient, la Commission européenne se prépare à allouer des fonds d’urgence pour soutenir les agriculteurs. Ce plan sera dévoilé lors d'un événement au Parlement européen à Strasbourg, où des représentants agricoles s'apprêtent à manifester pour exprimer leurs préoccupations>.
Le Copa-Cogeca, représentant les principaux syndicats agricoles européens, a alerté sur l'incertitude extrême dans laquelle se trouvent les agriculteurs, en disant que « Les agriculteurs abordent la prochaine saison d'achat d'engrais dans un climat d'extrême incertitude » concernant à la fois les coûts et la disponibilité des produits. Avant l'escalade du conflit, environ 30% des engrais du monde transitaient par le détroit d'Ormuz, un facteur actuellement préoccupant. Actuellement, le prix des engrais azotés atteint près de 500 euros par tonne, contre 380 euros l’hiver dernier. À cela s'ajoutent les augmentations du coût du gasoil pour les tracteurs, poussant plusieurs États à allouer des fonds supplémentaires pour atténuer cette pression financière.
Une réserve agricole mobilisée
Bien que la Commission ait déjà promis des mesures antérieures, la guerre a forcé une prise de conscience cruciale de l'importance stratégique du secteur des engrais. Selon Tiffanie Stephani, experte chez Yara, un des principaux producteurs d'engrais en Europe, « Le plan d'action européen est monté de quelques crans en importance politique ». À court terme, l'Europe puise dans sa réserve agricole de 200 millions d'euros destinée aux situations de crise pour soutenir le secteur à l’horizon 2026.
Les céréaliers, dépendants des engrais, font face à des difficultés majeures après une récolte de blé particulièrement mauvaise et des coûts d'engrais élevés, tandis que le prix du blé reste en dessous de 200 euros la tonne en France, en raison d'une concurrence mondiale exacerbée.
Avenir et durabilité
Parallèlement aux mesures d'urgence, l'union européenne envisage une approche durable à long terme, axée sur la diversification des sources d'approvisionnement et l'augmentation de la production locale d'engrais. Cette stratégie inclut la possibilité d'assouplir les régulations sur les nitrates pour favoriser l'utilisation de digestat, un produit dérivé de la méthanisation. Cependant, cette initiative suscite des préoccupations parmi les groupes environnementaux, soulignant les risques potentiels de pollution de l'eau.
Malgré les critiques, la Commission européenne maintient son mécanisme de taxe carbone, introduit au début de l'année, pour encourager une plus grande durabilité et compétitivité des producteurs européens. « Remettre en cause cette taxe nuirait à l'ensemble du secteur » a déclaré une porte-parole de la Commission. L’Europe, qui dépend actuellement à 60% de ses engrais des importations, est à la croisée des chemins avec la nécessité de développer des alternatives à faibles émissions de carbone pour l'avenir du secteur.







