Le festival de Cannes, habituellement éclatant de glamour, est devenu le théâtre d'une vive polémique sur l'influence de Vincent Bolloré dans le secteur cinématographique. Une tribune signée par plus de 600 professionnels a dénoncé sa domination, engendrant des menaces de boycott à l'encontre de Canal +, provoquant une onde de choc au sein de l'industrie.
Le milliardaire, qui contrôle non seulement Canal + mais également Studio Canal, est au centre des préoccupations de nombreux acteurs du milieu, regroupés sous le collectif Zapper Bolloré. Cette agitation a incité le représentant de Canal +, Maxime Saada, à élever la voix en réponse à ces critiques, plongeant le festival dans un climat de tension palpable.
L'appel à la résistance du monde du cinéma
Ce débat s'est intensifié depuis la parution d'une tribune dans Libération le 11 mai, où des figures emblématiques comme Juliette Binoche et Adèle Haenel s'inquiètent de la mainmise de Bolloré sur le cinéma français. Ils craignent que son acquisition de 34% d'UGC lui permette de contrôler l'ensemble du processus de création, du financement à la diffusion.
Les signataires de cet appel considèrent la stratégie de Bolloré comme un risque à la diversité artistique, redoutant une uniformisation des œuvres. Ces inquiétudes prennent racine dans un contexte où le cinéma français, déjà fragilisé, dépend largement du financement de Canal +. La chaîne s'est engagée à investir 160 millions d'euros en 2026, mais les professionnels jugent cela contraire à la liberté de création.
La réponse cinglante de Canal +
La réponse de Canal + n'a pas tardé. Maxime Saada a averti qu'aucun contrat ne serait signé avec les signataires de la tribune. Qualifiant leur démarche de "pétition injuste", il a exprimé son indignation face à l'étiquette de "crypto-fascistes" qui a été accolée aux équipes de Canal +. Cette posture a entraîné des réactions dans le milieu, renforçant encore le soutien pour le collectif anti-Bolloré, qui a vu le nombre de signataires grimper à plus de 1.200.
Les réactions s'intensifient : entre soutien et critiques
Les voix de la communauté cinématographique ne cessent de se multiplier. Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma, a exprimé son regret face à la réaction de Saada, appelant à un dialogue constructif. D'autres, comme Adèle Exarchopoulos, ont dénoncé la peur de représailles pour avoir exprimé des préoccupations collectives.
En parallèle, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a déclaré sur France Inter trouver la réaction de Canal + "disproportionnée". Elle a signalé que la domination de Bolloré dans le secteur pouvait influencer négativement l'innovation et la diversité actuelles du cinéma français.
Des conséquences dans le monde de l'édition
Vincent Bolloré n'est pas étranger à la controverse ; son emprise dans le monde de l'édition a également suscité de vives réactions. Près de 170 auteurs ont quitté Grasset pour protester contre la direction qu'il impose à travers ses acquisitions, craignant une attaque à l'indépendance créative. Comme l’expliquent plusieurs de ces écrivains, ce climat autoritaire menace l’intégrité des arts en France.







