Dix ans après l’affaire Weinstein, les mêmes poncifs alimentent les commentaires autour de l’affaire Bruel.
Par Ambre Philouze-Rousseau
Imaginez un instant que MeToo n'ait eu que peu d'impact. Ce n'est pas la légitimité des témoignages des victimes qui est remise en question ici, mais l'attention et la sensibilité des auditeurs. Près de deux décennies après le mouvement et une décennie après l'affaire Weinstein, le débat autour de l'affaire Bruel semble résonner avec les mêmes retours.
Des voix s'élèvent, s'interrogeant : « Pourquoi maintenant ? », comme si les victimes avaient prévu cet instant ou avaient un but caché. Des recherches menées en psychiatrie et en psychologie dévoilent depuis longtemps les réponses cérébrales et mémorielles aux traumatismes, invalidant cette critique.
Certains avancent que « elles cherchent à se faire un nom », oubliant les souffrances de celles qui relèvent le défi de s'exprimer. Pour elles, il ne s'agit jamais d'une quête de gloire, mais d’un lourd fardeau à porter. Les expert.e.s en psychologie affirment que la peur et la honte inhibent souvent les victimes, et il n'est pas anodin de rappeler ce qu’impliquent ces récits.
Des critiques évoquent enfin un « tribunal médiatique », amalgamant des enquêtes solidement documentées à des accusations diffuses sur les réseaux sociaux. Dans le cas de Patrick Bruel, les accusations portées en France et en Belgique se chiffrent à plus d’une dizaine, mais ces témoignages doivent être jugés avec soin. La présomption d’innocence reste un pilier de notre justice, mais cela ne condamne pas les victimes au silence dans un contexte où leur voix devrait être entendue.
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