Alors qu'un défilé du 9-Mai s'est tenu sous tension, des Russes mécontents expriment leur frustration face à des restrictions d'accès à Internet. Selon plusieurs analystes, Vladimir Poutine se heurte à des obstacles de plus en plus rampants.
Les signaux d'alarme se multiplient pour le président russe. Que ce soit sur le front militaire, où les pertes se font sentir, ou dans les témoignages d'un peuple inquiet à cause des limitations d'accès à Internet pour des raisons de sécurité, la situation est préoccupante.
Après quatre années d'un conflit meurtrier, l'objectif de Moscou de prendre le contrôle complet de la région du Donbass est loin d'être atteint, piégeant Poutine dans des ambitions militaires non réalisées.
Pour la première fois depuis l'été 2023, une analyse de l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), relayée par l'AFP, révèle que les forces russes ont reculé en Ukraine entre mars et avril, réduisant leur emprise à environ 19% du territoire ukrainien.
- "Seuil psychologique" -
« Nous avons passé le seuil psychologique des quatre ans », commente le politologue Konstantin Kalatchev, en référence à une prise de conscience croissante au sein de la population sur l’évolution du conflit.
Le ministère russe de la Défense, qui autrefois faisait état de victoires régulières, a cessé d'en faire mention aussi fréquemment. À l'approche du 9-Mai, date symbolique marquant la victoire sur l'Allemagne nazie, la tension grimpe, avec des avertissements d'attaques sur Kiev.
Malgré les menaces d'une intensification militaire, une trêve de trois jours a miraculeusement été mise en place, acceptée des deux côtés, marquant un moment historique d’apaisement improbable.
Au terme des célébrations, Poutine a surpris l'audience internationale en évoquant une possible "fin" du conflit, insinuant que cette conclusion devrait être soumise à ses conditions. Les analystes décrivent cela comme une manœuvre délicate visant à calmer l'opinion publique, prise dans la tourmente du conflit.
- "Un déclencheur" -
Stefan Meister du German Council on Foreign Relations souligne : « Il cherche à passer un message clair : je reconnais la nécessité de mettre un terme à cette guerre, mais ce doit être fait à ma manière ». En parallèle, des rapports des services de renseignement lettons indiquent que les restrictions Internet ont aussi touché les élites proches de Poutine et que des discussions sur de potentiels remplaçants circulent dans les cercles influents.
Cependant, Kalatchev évite d'alarmiste, insistant sur le fait qu'il manque un véritable "déclencheur" pour provoquer un véritable bouleversement politique. Le climat de peur et de répression limite considérablement tout potentiel de contestation.
Malgré une propagande omniprésente et un système répressif, Poutine demeure un leader puissant. Pourtant, les signes de fatigue économique sont évidents, la Russie étant sous l’effet de sanctions internationales. Le PIB a connu une contraction de 0,2% au premier trimestre, ce qui est un signe inquiétant.
À ce sujet, Michel Duclos, de l'institut Montaigne, questionne la direction politique de Moscou. « On peut le comparer aux années 1980, lorsqu'une pression interne a commencé à se faire sentir au Kremlin », suggérant que l'Ukraine pourrait être un obstacle analogue à celui qu'avait représenté l’Afghanistan pour l'URSS », conclut-il.







