Les autorités israéliennes justifient des frappes sur des journalistes en avançant des liens avec des groupes armés. Ainsi, lors d'une enquête menée par "Complément d'enquête", un photographe de Gaza, mêlé à ces accusations, avait été interviewé quelques mois avant sa mort tragique. Ce dernier avait été ciblé en raison d’une photo jugée compromettante.
Depuis le 7 octobre 2023, plus de 200 journalistes ont perdu la vie dans la bande de Gaza. Bien que les frappes israéliennes suscitent une indignation mondiale, certains cas soulèvent des interrogations. Le jour de l'attaque du Hamas, plusieurs reporters gazaouis présents sur les lieux ont été scrutés. Était-ce un hasard, ou avaient-ils été informés à l'avance ? Honest Reporting, une ONG israélienne visant à dénoncer les préjugés anti-israéliens, s'emploie à répondre à ces questions.
Selon Simon Plosker, directeur éditorial de l'ONG, un journaliste en particulier a retenu leur attention : "ce jour-là, il ne portait pas de gilet de presse, rendant son identification comme journaliste impossible, mais il filmait activement des scènes de crime horrifiantes". Ce journaliste, Hassan Eslaiah, a documenté l'attaque en direct via son fil Telegram, en étant très proche des attaquants. Des images le montrent même sur une moto, tenant ce qui pourrait être une grenade. "Ce n’était pas qu’un simple photojournaliste ; il semblait avoir des sympathies pour le Hamas," conclut Plosker.
Cependant, des agences de presse comme l'AP et CNN ont rapidement coupé les ponts avec Eslaiah après la diffusion d’une photo de lui avec Yahya Sinwar, un sommet dirigeant du Hamas, tué lors d'une opération militaire israélienne en 2024. Dans une conversation avec "Libération", Eslaiah affirmait avoir été chez lui lorsque les tirs de roquettes ont commencé, divulguant une photo prise à 7h23 montrant qu’il était bien éloigné de l’action.
Une photo "assez surprenante pour un journaliste"
La fameuse image prise avec Sinwar continuera de poser question. Pour Rola Tarsissi de "Complément d'enquête", Eslaiah a défendu son choix de publier cette photo en soulignant qu'il représente un journaliste côtoyant ces figures puissantes, tout en mentionnant que beaucoup d'autres journalistes avaient pris des selfies avec Sinwar ce jour-là.
Un an plus tard, Eslaiah a été tué lors d'une frappe israélienne ciblant l’hôpital où il était soigné. Tsahal, dans une vidéo justifiant son élimination, soutenait qu'il était avant tout un terroriste. Un document présenté comme preuve de son appartenance au Hamas – toujours contestée par Eslaiah – a été remis en cause par plusieurs journalistes gazaouis et ceux de "Libération". "On fait face à une armée cherchant à justifier la mort d’un homme présenté ailleurs comme un simple journaliste," affirme Jacques Pezet de "Libération". Il ajoute, perplexe : "Il est difficile de savoir à quel point il était réellement impliqué avec le Hamas ou non."
Extrait de "Proche-Orient : la guerre contre l'info", à voir dans "Complément d'enquête" le 4 juin 2026.







