À Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, des mannequins en taille enfant exhibent des robes de princesse colorées, ajoutant une touche d'éclat au milieu des ruines laissées par le conflit israélo-palestinien.
Dans une petite boutique, une enfant rayonnante tourne sur elle-même, laissant sa jupe blanche brodée de fil argenté virevolter. Son sourire timide souligne la magie de cette robe, conçue pour des occasions spéciales.
La véritable histoire de cette création réside dans les morceaux de tissus récupérés, dénichés au milieu des débris laissés par deux années de violences, malgré un fragile cessez-le-feu instauré en octobre dernier.
Amir al-Rantisi, un couturier de 24 ans, a perfectionné son métier, apprenant à créer des robes élégantes tout en affrontant les pénuries qui frappent Gaza. Il raconte à l'AFP : "Lorsque je vais à Gaza-ville pour chercher du tissu, je les récupère dans des lieux dévastés, parmi des anciens stocks qui ont souvent été abîmés par des éclats d'obus."
Amir continue : "Je choisis minutieusement certains morceaux pour confectionner des robes. Je recycle également d'anciennes tenues, leur redonnant vie."
Dans son atelier, les murs sont marqués par les impacts, et des tissus scintillants côtoient des piles de robes délabrées qui attendent d'être transformées. Chaque étape de la confection devient un véritable défi, nécessitant une grande capacité d'adaptation.
Sa mère, Nisreen al-Rantisi, souligne les difficultés rencontrées : "Nous souffrons énormément des coupures de courant", la situation énergétique étant rendue peu fiable suite à la destruction massive des infrastructures. "Il arrive que nous ne puissions pas terminer certaines commandes à cause des pannes d'électricité."
Pour pallier ce problème, Amir a mis en place un ingénieux système : il a relié la pédale d'un vieux vélo à sa machine à coudre, lui permettant de travailler malgré les coupures. Cependant, cette solution artisanale présente des limites, comme le précise sa mère : "La couture doit être faite manuellement. Une personne coud pendant qu'une autre pédale."
Le coût des matériaux, également, a considérablement augmenté. Avec les restrictions sur les importations à Gaza, les fournitures de base deviennent rares et coûteuses. Amir montre une bobine de fil noir : "On ne peut plus en trouver facilement et quand on en trouve, elle coûte 50 shekels, alors qu'avant c'était seulement sept shekels."
Les ONG sur le terrain rapportent que la majorité des camions qui apportent de l'aide humanitaire et des marchandises privées ne suffisent pas à apaiser les pénuries et les augmentations de prix causées par le conflit.







