C’est au cœur des Alpes, au Bürgenstock, que se sont retrouvées, dimanche 21 juin 2026, les délégations américaine et iranienne pour des discussions qui devraient se prolonger tout au long de la semaine. La Suisse, forte de son statut de neutralité, joue un rôle prépondérant sur la scène diplomatique.
Bien que la Suisse prenne soin de ne pas s'impliquer directement dans les conflits, elle est souvent au centre des discussions de paix. Cette fois-ci, le pays a accueilli des représentants de l’Iran, des États-Unis, du Qatar et du Pakistan pour initier des négociations qui se sont déroulées dans la nuit de dimanche à lundi 22 juin. Les médiateurs pakistanais et qatarien ont rapporté que les parties se sont engagées à parvenir « à un accord définitif dans un délai de soixante jours ».
Ces pourparlers ont eu lieu dans un hôtel de luxe offrant une vue spectaculaire sur le lac de Lucerne. Les premières discussions ont porté sur la sécurisation du détroit d’Ormuz, l'intégration du Liban dans le processus de cessez-le-feu et la levée de l'embargo sur les exportations pétrolières.
Choisir la Suisse pour ces négociations n’est pas anodin. Genève est le siège de nombreuses agences onusiennes, y compris celle des Nations Unies en Europe. Ce petit État neutre est privilégié car il ne favorise aucune des parties engagées dans les discussions.
Un parcours historique : de la guerre à la paix
Cependant, cette posture de neutralité est le fruit d'une longue évolution historique. Au Moyen Âge, les cantons suisses étaient souvent impliqués dans des guerres contre leurs voisins, gagnant une réputation de combattants redoutables. C'est véritablement après la bataille de Marignan en 1515, où ils subissent une lourde défaite face à François Ier, que commence un tournant vers la paix.
Suite à cet échec, les Suisses adoptent progressivement des ambitions militaires plus modestes. Lors de la guerre de Trente Ans, malgré leur appartenance au Saint Empire romain germanique, ils choisissent de ne pas intervenir, découvrant ainsi que l'éloignement des grandes guerres peut constituer un avantage stratégique. Leur autonomie est officialisée lors des accords de Westphalie en 1648, ce qui renforce leur liberté de ne pas intervenir dans les conflits.
Après avoir souffert sous l'influence française lors de la Révolution, il faudra attendre le Congrès de Vienne en 1815 pour que les puissances redéfinissent la carte européenne, désignant la Suisse comme une zone tampons entre nations, et officialisant ainsi sa « neutralité perpétuelle ».
Un engagement tout de même : la singularité suisse
Depuis lors, la Suisse a choisi de rester en dehors des conflits armés tout en maintenant une posture de vigilance. Elle est membre des conventions de La Haye de 1907, définissant les droits des États neutres. Malgré l'instabilité européenne pendant les deux guerres mondiales, la Confédération helvétique a su préserver sa neutralité.
Cependant, cette non-intervention ne signifie pas un retrait total de l'arène internationale. Depuis la fin de la guerre froide, la Suisse a pris part à plusieurs sanctions internationales et maintient une armée de conscription. Elle a également envoyé des militaires en missions de maintien de la paix, notamment au Kosovo. En 2002, elle devient membre à part entière de l’ONU.
La présence suisse même au Vatican, à travers la Garde suisse pontificale, illustre le paradoxe d'un pays qui, tout en affirmant sa neutralité, s'engage de manière significative sur la scène internationale.







