Nashik (Inde) – Avec un sourire éclatant, Kiran Ramnath Waghchaure présente fièrement son raisin rouge, cultivé à partir d'un cépage californien novateur. "Cette nouvelle variété est bien plus adaptée à notre climat", déclare cet agriculteur de 42 ans en partageant ses fruits juteux, qui seront bientôt disponibles dans les supermarchés de l'Union européenne et au Royaume-Uni, à des milliers de kilomètres de son village, Savargaon.
Depuis des décennies, l'agriculture indienne est en proie à de nombreuses difficultés, avec plus de 45% de la population active dépendante de ce secteur. Dans l'État du Maharashtra, le changement climatique a exacerbé la situation, entraînant 3 090 suicides d'agriculteurs entre 2022 et 2024. Pourtant, l'histoire de M. Waghchaure émerge comme un phare d'espoir.
C'est grâce à Sahyadri Farms, une coopérative fondée en 2011 par 110 petits producteurs, que M. Waghchaure a pu transformer son exploitation. Aujourd'hui, cette coopérative regroupe 30 000 membres, dont 95% cultivent moins d'un hectare autour de Nashik, la capitale indienne du vin. En l'espace de quinze ans, elle est devenue le premier exportateur indien de raisins de table et d'autres produits horticoles, tels que tomates, mangues et noix de cajou. L'année dernière, Sahyadri Farms a traité 385 000 tonnes de denrées et exporté plus de 80% de ses raisins.
Un modèle basé sur la coopération
"Le principal défi de l'agriculture en Inde, c'est la petitesse des exploitations. Un producteur isolé ne peut pas rivaliser sur le marché international. L'union est essentielle", explique Santosh Watpade, directeur financier de Sahyadri Farms. M. Waghchaure, présent dans la coopérative depuis 2012, observe les bénéfices de cette approche collective. Il gère désormais 6 hectares de vignes, emploie 15 personnes, et génère un revenu annuel variant entre 4,5 et 5 millions de roupies (environ 42 000 à 47 000 euros).
Vilas Shinde, le président de la coopérative, souligne que la clé de leur succès réside dans l'entraide : après avoir tenté, sans succès, d'exporter ses raisins, il a compris qu'ensemble, ils pouvaient atteindre des sommets. "Investir dans un projet collectif nous a permis de réaliser bien plus que ce que nous aurions pu accomplir seuls", dit-il.
Pankaj Nathe, un agriculteur impliqué depuis 2010, a vu sa carrière évoluer au sein de Sahyadri Farms, où il est devenu responsable de la recherche agricole. Il met l'accent sur l'importance d'introduire des variétés de raisins résilientes, capables de résister aux caprices du climat. La demande croissante des consommateurs a également incité les agriculteurs à abandonner les cépages de raisins traditionnels au profit de nouvelles cultures adaptées aux conditions climatiques extrêmes.
Investissements pour un futur durable
Diane Jegam, directrice Asie du Sud de Proparco, est tombée sous le charme de cette coopérative lors de sa visite en 2022. Grâce à un investissement de près de 40 millions d'euros, Proparco a pu financer divers projets au sein de Sahyadri Farms, renforçant sa capacité d'exportation et développant de nouvelles cultures.
"Cet investissement est cohérent avec nos objectifs qui visent à protéger l'environnement tout en réduisant les inégalités. Nous intégrons les petits exploitants tout en finançant des projets dirigés par des agriculteurs", précise Mme Jegam. Santosh Watpade ajoute que ces fonds ont été déterminants dans l'accélération de leurs projets.
"Assurer un revenu décent aux agriculteurs peut contribuer à résoudre des problèmes graves comme le suicide et garantir que la prochaine génération s'engage dans l'agriculture", conclut-il. Sahyadri Farms ne se contente pas de produire des fruits ; elle transforme également des vies, renforçant l'espoir au sein d'une communauté souvent confrontée à des défis accablants.
© 2026 AFP







