Le procureur général du Venezuela, Tarek William Saab, autrefois visage de la répression sous Nicolas Maduro, a annoncé sa démission, juste deux mois après un bouleversement politique majeur marqué par la capture du président par l'armée américaine. Ce départ pose la question de l'avenir de la justice dans le pays, d'autant plus que Delcy Rodriguez, présidente par intérim, a promis une réforme judiciaire.
Cependant, la nomination de Saab comme défenseur du peuple à titre intérimaire a suscité l'indignation parmi les victimes de sa politique répressive. Sous forte pression de la communauté internationale, Rodriguez a récemment pris des mesures significatives, telles que l'adoption d'une loi d'amnistie et l'ouverture du secteur pétrolier au privé, tout en écartant plusieurs proches de l'ancien président, dont Alex Saab, considéré comme l'un de ses hommes de confiance.
L'Assemblée nationale a joué un rôle clé en annonçant la démission de Saab : "M. Saab présente sa démission de son poste de procureur général de la République", a-t-on appris.
Le défenseur du peuple sortant, Alfredo Ruiz Angulo, a également démissionné, laissant la place à Saab en tant que remplaçant temporaire. Alors que Larry Devoe prend le relais en tant que procureur général intérimaire, il est perçu comme un acteur capable de renforcer les droits de l'homme au Venezuela, étant lui-même un défenseur reconnu.
Dans sa lettre de démission, Saab a déclaré avoir agi avec "rectitude et honneur" au cours d'une période marquée par des défis sans précédent pour la nation. Bien qu'il ait été en fonction depuis 2017 et reconduit jusqu'en 2024, son mandat a été entaché par des accusations de violations des droits de l'homme, et il fait l'objet de sanctions de la part des États-Unis.
Rafael Uzcategui, un militant des droits humains, évoque la démission de Saab comme une manoeuvre politique délicate : il soutient que cette décision pourrait signaler une lutte de pouvoir au sein du régime, notamment entre Delcy Rodriguez, son frère Jorge, président de l'Assemblée, et Diosdado Cabello, un autre acteur radical du gouvernement.
L'Assemblée a également fait le point sur la loi d'amnistie. Depuis son adoption, on a recensé "6.487 demandes" de libération et "185 personnes" ont déjà retrouvé la liberté, selon Jorge Arreaza, président de la commission dédiée.
Devant la prison de Rodeo 1, où se trouvent de nombreux détenus politiques, les proches continuent de se battre pour des promesses concrètes de libération. Yalitza Garcia, belle-mère d'un gendarme argentin emprisonné, résume l'ambivalence des sentiments face à la démission de Saab : "Nous avons ressenti une émotion, mais sa nomination comme défenseur du peuple ne change rien pour nous".
Juanita Goebertus, directrice de Human Rights Watch pour les Amériques, n'hésite pas à qualifier cette nomination de "gifle pour les victimes". Pour elle, bien que la démission soit prometteuse, elle soulève de nombreuses questions quant à l'intégrité des réformes à venir. Le député d'opposition Henrique Capriles va encore plus loin : il qualifie cette situation de "blague", décriant le fait que celui qui a orchestré la répression devienne défenseur du peuple.







