Dans un pays où l'avortement reste strictement prohibé, un nombre croissant de femmes philippines, comme Jane, se retrouvent à chercher des solutions en ligne pour mettre fin à une grossesse non désirée. Souffrant de douleurs intenses après une procédure avortement non sécurisée, Jane raconte son expérience poignante, soulignant l'extrême vigilance requise pour ne pas attirer l'attention des autorités.
La législation aux Philippines impose jusqu'à six ans d'emprisonnement pour l'avortement, mais dans les faits, rares sont les cas réellement poursuivis. Cependant, cette situation pousse de nombreuses femmes à se connecter à des forums en ligne où des obscurs réseaux promeuvent des méthodes d'avortement risquées, souvent sans qu'aucun contrôle médical soit impliqué.
L'AFP a recueilli les propos de Jane, dont l'anonymat est préservé pour sa sécurité. Elle a fait appel à un supposé médecin qui lui a administré une pilule sans aucune anesthésie, lui laissant des séquelles physiques durables. "C'était insupportable, mais je n'avais pas d'autre choix", confie-t-elle, faisant écho à de nombreuses autres femmes confrontées à la même situation.
Les soins post-avortement, bien qu'autorisés par la loi depuis une décennie, sont pourtant difficilement accessibles. Beaucoup de professionnels de santé, comme le Dr Junice Melgar du Centre Likhaan, craignent d'être stigmatisés ou même sanctionnés. "Beaucoup de médecins souhaitent vraiment aider, mais la peur prédomine", ajoute-t-elle.
Les députés, alarmés par cette tendance croissante, ont commencé à réagir, proposant des enquêtes et mettant en lumière ce qu'ils décrivent comme des "crimes éhontés". Le Sénat a même demandé au ministère de la Santé de sévir contre ces pratiques de manière plus agressive, mais cela n’a fait qu'accentuer la crise pour les femmes cherchant de l'aide.
Malgré l’opposition continue de l’Église catholique, qui persiste à condamner l'avortement dans toutes ses formes, même en cas de viol, le besoin d’une discussion ouverte sur la santé reproductive devient de plus en plus pressant. Les chiffres publiés par le PINSAN montrent que plus de 250 femmes se retrouvent hospitalisées quotidiennement à cause de complications liées à des avortements mal pratiqués, un triste sort qui met en lumière l'urgence d'une réforme.
Dans ce contexte, des voix comme celles de l’avocate Clara Padilla soulignent l’aspect sanitaire de cette problématique. "L'accès à des soins de santé sécurisés ne devrait pas être une question de morale", argue-t-elle. Jane, pour sa part, insiste sur le fait que la question de l'accès à l'avortement ne devrait pas se limiter aux considérations légales ou morales : "C’est une question de santé. Mon corps, ma santé, ma décision".







