"Fièrement humain", "Sans IA", "Écrit par des humains". Ces mentions deviennent de plus en plus visibles sur des affiches de films ou des couvertures de livres. Alors que l’intelligence artificielle s’impose dans divers secteurs, une tendance inverse émerge : certifier l'origine humaine des produits.
À travers le monde, des entreprises, groupes et ONG s'efforcent de créer un label reconnu, similaire au logo "Commerce Équitable". Leur but ? Rassurer les consommateurs méfiants face à une automatisation perçue comme menaçante et garantir qu'un contenu n'a pas été généré par une intelligence artificielle. Selon la BBC, au moins huit initiatives distinctes essaient d'imposer un label "100% humain". Cependant, le paysage ressemble plus à une jungle de labels qu'à une norme établie, et le mode d'attribution varie d'une initiative à l'autre.
Prolifération de labels
Certains labels, comme no-aicon.com, offrent des badges sans véritable contrôle, tandis que d'autres, comme aifreecert, imposent des audits stricts. Par exemple, l'entreprise Books by People exige des éditeurs qu'ils renseignent un questionnaire sur leurs pratiques et effectue des vérifications régulières pour détecter tout contenu généré par IA. "Les éditeurs font face à un nouveau paysage où la production de livres se fait en minutes, rendant difficile d'être sûr qu'un livre représente une expérience humaine" explique Esme Dennys, cofondatrice de Books by People.
Proudly Human va encore plus loin : cette organisation analyse les manuscrits pour vérifier l'absence d'intervention d'une IA. "L'autocertification ne suffit pas", insiste Alan Finkel, son dirigeant. "Un processus de vérification complet est crucial".
Les industries culturelles en première ligne
Naturellement, les secteurs culturels sont les premiers concernés par ces labels. Ils sont profondément affectés par la capacité de l’IA à produire efficacement et à moindre coût. Le cas de The Velvet Sundown, groupe musical entièrement généré par IA, est symptomatique de cette situation. De même, au cinéma, l'émergence de personnages entièrement créés par IA suscite des réactions variées, incitant certains producteurs à garantir qu’aucune IA n’a été utilisée dans leurs œuvres.
Frontière de plus en plus floue entre humain et machine
Malgré ces initiatives, la définition de ce qu'implique une “origine humaine” demeure floue, et ces démarches restent souvent limitées par des coûts. Sasha Luccioni, chercheuse en IA, rappelle que l’intégration de l'IA dans des outils courants complique la distinction entre les créations humaines et celles assistées par IA.
Confusion chez le consommateur
Les différentes définitions de ce qui est "fabriqué par l’homme" contribuent à une confusion généralisée. Amna Khan, spécialiste du comportement de consommation, souligne l'importance d'une définition universelle pour établir la confiance. La montée de ces labels témoigne également d'une bataille économique, où un contenu généré par l'humain pourrait devenir un argument de valeur face à la production automatisée.
Pour l'instant, la lutte pour une certification claire et respectée continue, dans un paysage encore fragmenté où le risque de confusion reste omniprésent.







