Un pari fou, un triomphe éclatant. À seulement 35 ans, Balendra Shah, alias "Balen", ancien rappeur et actuel maire de Katmandou, a été élu Premier ministre du Népal, six mois après une importante insurrection menée par la génération Z.
Figure emblématique d'une nouvelle ère, ce musicien toujours habillé de lunettes noires représente une jeunesse dynamique prenant d'assaut les instances dirigeantes du pays.
Lors des élections législatives du 5 mars, il a fait tomber le Premier ministre KP Sharma Oli, 74 ans, évincé par les mouvements de contestation de l'année précédente.
Le Parti national indépendant (RSP), dont il fait partie, a été le grand gagnant de cette élection, remportant 182 des 275 sièges de la Chambre des représentants et propulsant Balen à la tête d'un nouveau gouvernement.
Balendra Shah est né en 1990 à Katmandou et a grandi durant la guerre civile népalaise (1996-2006), qui a engendré plus de 16 000 décès et précipité la chute de la monarchie en 2008.
Ingénieur civil de formation, il s'est illustré sur la scène musicale underground en dénonçant la corruption et les inégalités qui gangrènent la société népalaise. Ce combat social est devenu le cœur de son engagement politique.
Dans un entretien accordé à l'AFP, il a exprimé : "Un homme politique doit avoir une sensibilité nourrie par la musique et la littérature pour mieux comprendre les émotions du peuple."
Ses chansons, vues des millions de fois, lui ont permis de rassembler une communauté de jeunes engagés sur les réseaux sociaux, qu'il privilégie largement par rapport aux médias traditionnels.
C'est en 2022 qu'il a fait forte impression en devenant le premier candidat indépendant à remporter la mairie de Katmandou, défiant ainsi les attentes.
En tant que maire, il s'est attaqué à des problèmes majeurs, tels que la gestion des déchets, la circulation et le système éducatif, mais ses méthodes parfois controversées, comme l'expulsion de mendiants sans solution de relogement, lui ont attiré des critiques de la part d'organisations comme Human Rights Watch.
Son implication dans le mouvement de septembre l'a conduit à quitter son poste pour se présenter aux législatives, persuadé que les vents du changement souffrent en faveur de sa génération.
Il a osé défier le Premier ministre sortant dans une circonscription rurale du Jhapa, plaçant ainsi la barre haute pour sa première expérience au niveau national.
Balendra a affirmé : "Affronter un géant comme lui est un défi, mais c'est aussi une manière de montrer que nous sommes prêts à avancer malgré les difficultés qui se posent à nous."
Pour briguer le pouvoir, il a uni ses forces avec le RSP, fondé par le célèbre animateur Rabi Lamichhane, qui a connu un succès fulgurant lors des dernières élections.
"Nous avons une vision commune", a-t-il déclaré. Il prône un système économique libéral allié à des mesures de justice sociale, promettant éducation gratuite et santé pour les plus démunis ainsi que des emplois pour les chômeurs.
Les attentes du public sont énormes. Les observateurs s'interrogent sur sa capacité à les satisfaire, soulignant ses manques d'expérience et sa personnalité mystérieuse.
Malgré cela, Balendra ne semble pas prêt à abandonner ses racines artistiques. À la veille de son investiture, il a publié un clip de rap appelant à l'unité au Népal, exprimant ainsi sa volonté de fusionner son amour pour la musique avec ses ambitions politiques. "La musique est un moyen d'expression essentiel pour moi, et je continuerai", a-t-il promis à l'AFP.







