Après sept heures d'interventions de ses avocats, tentant d’explorer les failles du dossier pour obtenir la relaxe de Nicolas Sarkozy, ce dernier a pris la parole une dernière fois avant la clôture de l'appel sur l'affaire libyenne. Le verdict sera annoncé le 30 novembre prochain.
En véritable orateur, Nicolas Sarkozy manie les mots avec attention. À propos de cette procédure relative aux allégations de financement libyen de sa campagne de 2007, l’ancien président a évoqué ce mercredi des termes tels que « fable », « calomnie » et « manipulation ». Pour appuyer sa critique des réquisitions du parquet, qu'il a jugées « ridicules », son avocat, Me Christophe Ingrain, n'a pas hésité à parler d’un « roman libyen grotesque », signalant qu'essayer d'impliquer Sarkozy serait un effort vain qui dure depuis treize ans.
Dans une posture de victime à la manière de Calimero, l'ancien président a déclaré : « Pour moi, ce n’est pas un procès historique, ce n’est pas un roman, c’est ma vie. » Pourtant, tout au long des plaidoiries, peu éloquentes, ses avocats ont tenté de souligner les zones d'ombre du dossier, insistant sur l'absence de preuves irréfutables qui pourraient justifier une condamnation.
Christophe Ingrain a maintenu : « Pas un euro identifié dans la campagne de Nicolas Sarkozy, aucune facture douteuse. On veut le condamner non pas pour ses actes, mais pour des pensées présumées, c’est vertigineux. » Cependant, le tribunal correctionnel a précédemment souligné plusieurs éléments qui inquiètent, conduisant jeudi, à des réquisitions de sept ans de prison, cinq ans d’inéligibilité, et une amende de 300 000 euros.
Un « roman » qui ne « tient pas la route »
Pour éviter une issue défavorable comme l'année précédente, les avocats ont cherché à mettre de la distance entre Sarkozy et les autres acteurs de l'affaire, déclarant qu'il n'était « pas informé » des interactions avec le terroriste libyen Abdallah Senoussi et des collaborateurs tels que Claude Guéant ou Brice Hortefeux. Toutefois, cette version pourrait surprendre, compte tenu de la proximité de ces derniers avec l'ancien président.
Les avocats soutiennent que le « roman » évoqué ne « tient pas la route ». Me Sébastien Schapira a affirmé : « Qui irait se compromettre avec un dictateur incontrôlable ? », tout en regrettant l'absence à l'audience de Ziad Takieddine, désormais décédé. Ce dernier, selon lui, aurait davantage profité de la situation financière qu’en matière de corruption imminente. Me Schapira a insinué qu'il avait manipulé Sarkozy pour un bénéfice personnel.
Cependant, des interconnexions d'argent avec d'autres intermédiaires comme Alexandre Djouhri, ami de Guéant, et les virements de montants suspects n'ont pas trouvé d'éclaircissements durant ce procès.
« Si c’était à refaire, je le referais »
Après des plaidoyers souvent monotones, Sarkozy s'est exprimé avec intensité. « J’ai répondu à toutes les questions, j’étais naïf. Ma vie a été scrutée, rien n’a été prouvé, mais cela ne semble pas suffisant », a-t-il clamé, partageant son anxiété sur un retour en prison, d'ici le 30 novembre : « Je vais attendre et me demander chaque soir : ‘Est-ce que je vais y retourner ?’ »
En conclusion, Sarkozy a évoqué une discussion fictive avec son épouse Carla Bruni, sur d’éventuels regrets concernant son aide pour les Libyens, affirmant solennellement : « Si c’était à refaire, je le referais, car j’ai pensé aux infirmières libérées. » En dépit de cela, il n’a pas mentionné les familles des victimes du DC-10, en présence de qui la veuve d'une des victimes, visiblement en colère, a commenté : « Quel cirque. »







