Une récente circulaire de Sébastien Lecornu, demandant des tests de dépistage de drogue pour les hauts fonctionnaires et ministres, engendre de vives réactions au sein des administrations.
Le Premier ministre a demandé à ses ministres de mener des tests salivaires surprise sur leurs collaborateurs ainsi que sur eux-mêmes. Comme l'a rapporté l'AFP, cette directive vise à renforcer la vigilance entourant la consommation de stupéfiants parmi les agents ayant accès à des informations sensibles.
Sont concernés des hauts fonctionnaires, préfets, ambassadeurs et directeurs d'administrations, ainsi que des agents ayant des habilitations dans la défense et la sécurité.
Lecornu souligne que la consommation de drogues parmi les agents publics représente non seulement un danger pour ces agents eux-mêmes, mais aussi une vulnérabilité qui pourrait être exploitée par des groupes criminels ou d'éventuelles ingérences. « La plus grande vigilance est donc requise », insiste-t-il.
La polémique a été exacerbée par le fait qu’un conseiller du Premier ministre a été exfiltré pour consommation de drogues, comme évoqué par le Canard Enchaîné en début d’année.
Les dépistages sont présentés comme un moyen de garantir « une exigence d’exemplarité » en réponse aux responsabilités prises par ces agents. Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large, visant à lutter contre le narcotrafic, soutenue par des déclarations du président Emmanuel Macron sur les effets de la consommation de drogue sur la société.
Cependant, des voix au sein des ministères s’alarment de la légalité de cette circulaire, certains la qualifiant d’infantilisante. Un conseiller ministériel, sous couvert d’anonymat, exprime sa préoccupation : « Instaurer un rapport de défiance dans un contexte déjà tendu est problématique. »
À l’inverse, d’autres estiment que cette démarche est « habile » et « nécessaire », face à une situation de consommation de drogues qui touche tous les milieux. Ce conseiller perçoit également cette action comme une réponse à la critique de l’extrême droite vis-à-vis du « système » politique.
Le ministère des Affaires étrangères, touché par cette circulaire, se prépare à une réunion pour planifier l'application pratique de cette directive non sans une certaine inquiétude parmi les agents concernés, qui espèrent des garanties quant à leur vie privée.
La représentante de la CGT, Sylvie Aebischer, tout en évitant de se prononcer sur la circulaire, rappelle l’importance de se concentrer d’abord sur la question des salaires et des conditions de travail.
De son côté, Laure Revel, de la CFDT, considère que cette lutte contre la drogue ne devrait pas se concentrer uniquement sur la haute fonction publique, remettant en question l’efficacité et la nécessité même de cette initiative. D’autres, comme Mathilde Panot de LFI, parlent de « gesticulations » et notent que l’alcool au sein de l’administration aurait des conséquences beaucoup plus dévastatrices.







