Les répercussions des attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes se font sentir bien au-delà de Moscou. Initialement ciblées vers la Russie, elles révèlent également la profonde dépendance des pays d'Asie centrale en matière de carburants, de pipelines et de coûts liés à la Russie.
À Bichkek, au Kirghizistan, les automobilistes peinent à trouver des carburants comme l'IA-95 ou l'IA-98. Pendant ce temps, Uzbekistan Airways annonce une réduction de certains vols entre l'Ouzbékistan et la Russie, fait émergeant d'une “pénurie et d'une hausse des prix du kérosène,” comme le rapporte Daryo.uz. Au Kazakhstan, les automobilistes russes traversent la frontière pour remplir leurs réservoirs, expliquant sur les réseaux sociaux : “Voilà pourquoi nous sommes venus au Kazakhstan. Juste pour faire le plein.” Cette situation est mise en lumière par Current Time, une chaîne d'information russophone.
Cela dépasse une simple crise d'approvisionnement; c'est un effet domino. L'expert kazakh Oljas Baïdildinov résume parfaitement :
“La Russie est une grande batterie externe pour l'Asie centrale.”Selon lui, “le moindre problème se traduit par des pertes économiques pour les voisins,” une affirmation renforcée par le service russophone de la BBC.
La chaîne britannique relaye les incidents passés, notamment l'attaque du 24 juin contre l'usine de traitement de gaz d'Orenbourg dans le sud de la Russie, un des plus importants complexes gaziers au monde. Cette installation traite le gaz provenant du Kazakhstan, notamment du gisement de Karachaganak. La réduction des volumes à Orenbourg implique un ralentissement de la production à Karachaganak, entraînant une chute d'environ 25 % de la production quotidienne de pétrole et de condensat.
un plein deux fois moins cher qu’en russie
Ce contexte souligne la fragilité de l'approvisionnement régional. “Le vrai problème pour le Kazakhstan, c’est qu’il dépend avant tout de l’exportation de pétrole,” poursuit John Roberts, expert en sécurité énergétique auprès de la BBC. Il rappelle que la majorité de cette production est acheminée via des ports russes comme Novorossiïsk ou par des oleoducs que la Russie peut fermer à volonté.
Au Kirghizistan, la dépendance est encore plus marquée : plus de 90 % de l'essence et du diesel proviennent de Russie. “Les frappes ukrainiennes peuvent laisser le pays sans essence,” alerte Kloop, un média kirghiz indépendant. Les livraisons en provenance de Chine s'annoncent également plus onéreuses.
Ainsi, la ville de Bichkek juge nécessaire d’explorer diverses options d’importation, sollicitant des pays tels que la Biélorussie ou l’Ouzbékistan. Cette inquiétude est corroborée par Bloomberg, qui souligne que la pénurie russe commence à affecter l'Asie centrale, avec des hausses de prix notables sur le marché de l’Ouzbékistan.
En seulement deux jours, 61 tentatives de contrebande de carburant ont été déjouées, rapportant plus de 40 000 litres saisis. Bien que les stocks kazakhs soient censés couvrir le marché intérieur, l’écart de prix avec la Russie alimente le trafic. À Aktioubé, un litre de carburant s'élève à environ 0,56 euro, tandis qu'en Russie, il dépasse souvent 1,15 euro. Par conséquent, faire le plein au Kazakhstan s'avère presque deux fois plus économique qu'en Russie.
“panique autour de l’essence”
Un résident de Tcheliabinsk, Dmitri, partage son expérience : “Autour de nous, ça ne parle que d’essence,” témoignant d'un voyage au Kazakhstan pour “se reposer de la panique.” Cependant, derrière ces trajets se trame une inquiétude croissante concernant un potentiel “tourisme énergétique”. Oljas Baïdildinov met en garde : “Si la contrebande s’intensifie, cela aura forcément des conséquences.”
L'économiste kazakh Anouar Nourtazine, interrogé par Aktobe Times, évoque seulement les “premiers effets” d'une crise susceptible de s'aggraver d'ici la fin de l'automne si les frappes se poursuivent. Le manque de diesel pourrait faire grimper les prix des produits agricoles et affecter les récoltes en Russie, impactant ainsi le Kazakhstan.







