La mortalité infantile en hausse et une santé mentale des jeunes mères en déclin soulèvent des inquiétudes en France. Malgré des progrès dans certains domaines, comme la réduction du tabagisme, des défis subsistent.
Mercredi, l'agence Santé publique France a publié une étude sur l'évolution, de 2014 à 2024, d'une centaine d'indicateurs relatifs à la santé périnatale, englobant la santé des femmes enceintes, des nouvelles mères et des nourrissons. Ce bilan met en lumière les contrastes temporels et géographiques, et accorde une attention particulière aux enjeux de santé mentale.
S'il est vrai que des avancées notables ont été réalisées, comme la diminution des naissances prématurées et du tabagisme durant la grossesse, certains signes restent alarmants : la mortalité infantile est en hausse, des inégalités géographiques se creusent et la santé préconceptionnelle est en dégradation. Michel Vernay, directeur de la Direction des maladies non transmissibles, a souligné que "tous les événements pendant la grossesse et le post-partum affectent la vie de l'enfant, de la mère et du partenaire".
En France, où le nombre de naissances est en baisse et l'âge moyen des mères à l'accouchement augmente (31,1 ans), la situation s'aggrave : des problèmes de santé tels que le surpoids (38 %), le diabète préexistant (1 %) et l'hypertension chronique (1,63 %) se multiplient, ce qui favorise l'augmentation du diabète gestationnel (15 %, contre 7,5 % en 2012).
La mortalité infantile, en particulier la hausse des décès de nouveau-nés dans les premières semaines de vie, est préoccupante. En 2024, la France affiche un taux de 4,08 décès pour 1.000 naissances vivantes, une augmentation de 1 % par an depuis 2014, plaçant le pays au 21e rang en Europe, loin d'exemples tels que la Suède ou l'Espagne.
Les disparités régionales sont graves, notamment en Outre-mer, avec des taux de mortalité infantile qui peuvent être 2,6 fois supérieurs à la moyenne nationale. Comme l'indique Elodie Lebreton, chargée d'études chez Santé publique France, environ 10 % des décès de nourrissons restent sans cause identifiée, une proportion inquiétante qui ne cesse d'augmenter depuis 2020.
La santé mentale des femmes est un autre point essentiel, avec des statistiques alarmantes : deux mois après l'accouchement, 17 % des femmes déclarent des symptômes dépressifs, 27 % présentent des symptômes d'anxiété, et environ 5,5 % évoquent des idées suicidaires. Les inégalités géographiques se manifestent ici également, avec par exemple près de 30 % des mères en Guadeloupe rapportant des symptômes dépressifs.
Ces conditions sont souvent exacerbées par des facteurs socio-économiques et obstétricaux. C’est près de 200.000 femmes qui pourraient être concernées chaque année, avec des complications potentielles sur le lien mère-enfant et des risques accrus de troubles du développement chez l’enfant.
La prévention reste au cœur des préoccupations. Les entretiens prénatals et postnatals, instaurés récemment, n'ont été réalisés que pour une partie des femmes concernées : 62 % pour le prénatal, et une alarmante 25 % pour le postpartum. Près des trois quarts de celles se déclarant en difficulté psychologique pendant leur grossesse n'ont pas bénéficié de soins de santé mentale.
Face à ce panorama, Santé publique France appelle à une mobilisation renforcée pour approfondir la recherche sur les raisons de l'augmentation de la mortalité infantile et à un soutien accru pour les femmes, en particulier en ce qui concerne l’âge maternel croissant et la détérioration de la santé préconceptionnelle.
Enfin, mardi, le gouvernement a dévoilé les recommandations d'une mission sur la périnatalité, suggérant la création rapide d'une "instance nationale de la périnatalité" pour rassembler les divers acteurs concernés, afin d'améliorer cette situation critique.







