Il y a exactement dix ans, le 13 avril 2016, l'Assemblée nationale adoptait une réforme cruciale dans la lutte contre la prostitution, marquant un tournant important dans la perception des personnes prostituées. La loi a introduit la pénalisation des clients, qui encourent désormais des amendes allant jusqu'à 3750 euros, tout en considérant les travailleuses du sexe comme des "victimes du système de prostitution". Ce changement a suscité diverses réactions parmi les associations concernées, notamment dans la Vienne, où le débat reste vif.
Le parcours de sortie de la prostitution
La loi de 2016 a également instauré un parcours de sortie de la prostitution, visant à aider les femmes, souvent non-résidentes, à échapper à la traite humaine. Selon l'Observatoire des violences faites aux femmes, près de la moitié des victimes de prostitution en France ne sont pas de nationalité française. Pour les soutenir, ce dispositif propose un logement, une aide de 559 euros et un titre de séjour provisoire, en plus d’une aide pour s’insérer dans le monde professionnel.
À Poitiers, l'association les Amis des femmes de la Libération a déjà assisté une dizaine de femmes via ce parcours. Selon Florence Briol, membre clé de l'association, "Ce dispositif a une efficacité de 100%". Certaines femmes ont déjà trouvé des emplois stables, devenant aides-soignantes ou agents d'entretien.
Une intégration inégale
Depuis l'instauration de ce parcours, seulement 22 femmes ont pu bénéficier de ce système dans la Vienne. L'accès à ce dispositif reste tributaire d'une commission annuelle de la préfecture, qui a montré des résultats décevants, avec environ une demande acceptée sur quatre. Catherine Coutelle, l'ancienne députée socialiste et co-auteure de la loi, souligne que "des préfets ont su appliquer la loi efficacement, mais les récents titulaires moins".
Les politiques migratoires plus strictes compliquent également la situation. "Les femmes se voient contraintes de retarder leur intégration, ce qui les pousse à retourner vers la prostitution", avertit Coutelle. Ce constat est partagé par plusieurs associations qui soulignent l'augmentation de l'insécurité et de la précarité dans lesquelles évoluent les travailleuses du sexe depuis 2016.
Conditions précaires et insécurité croissante
Des experts, comme Solène Hulin, coordinatrice de l'antenne d'AIDES à Poitiers, constatent que les conditions de travail se sont détériorées. "Les travailleuses sont dans une semi-clandestinité, ce qui rend leur situation encore plus dangereuse", explique-t-elle. Les clients, devenus plus agressifs, exploitent cette vulnérabilité, et la tension croissante du secteur incite les associations comme AIDES à plaider pour l'abrogation de la loi de 2016.
Vers une abrogation de la loi ?
Actuellement, une proposition de loi, déposée par la sénatrice écologiste Anne Souyris, vise à dépénaliser le client et abroger la loi de 2016. Soutenue par divers collectifs dont Médecins du monde, cette initiative est sur le point d'être débattue à l'Assemblée nationale. Si pour certains, comme Catherine Coutelle, cela reste une idée à réfuter, d'autres, acteur clé sur le terrain, espèrent un changement de perspectives qui pourrait permettre une meilleure prise en charge des travailleuses du sexe.







