Sur la place Lepetit à Poitiers, une soixantaine de personnes se sont réunies mercredi pour protester contre l'insuffisance des hébergements d'urgence. Roxane, mère de deux enfants et résidente en France depuis 2019 après avoir fui la Côte d'Ivoire, partage son quotidien difficile : "Je jongle entre le 115, une auberge de jeunesse financée en partie par des parents d'élèves, et des canapés chez des amis. Les gens ici sont très solidaires, mais ce ne peut pas être une solution à long terme." Cette mobilization organisée par une quinzaine d'associations souligne les défis auxquels font face de nombreuses familles dans la région.
Emeline, une autre participante, déplore que les efforts de solidarité reposent trop souvent sur la bonne volonté des citoyens : "Nous mettons des pansements sur des blessures profondes. La question reste, que font l'État et la municipalité pour changer cette situation ?" La pression sur le nouveau préfet et la municipalité est exacerbée, alors que le besoin d'une réponse efficace à cette crise s'intensifie.
Manque de logements d'urgence
Alors que les températures baissent durant l'hiver, les associations constatent que le nombre de places d'hébergement d'urgence est insuffisant tout au long de l'année. Roxane témoigne : "Lorsque je suis au 115, je suis souvent dans la rue de 10h à 16h30, sans possibilité de travailler puisque je n'ai pas de papiers." Sa générosité l'a menée à devenir bénévole aux Restos du Coeur, en retour de l'aide qu'elle a reçue.
Des initiatives comme celle de l'association "100 pour 1" tentent d'apporter un soutien, mais les besoins restent béants. Emmanuelle Devaux, co-responsable de l'association, révèle que quarante familles sont actuellement hébergées, tandis que 36 autres attendent désespérément de l'aide. "Notre capacité d'accueil est limitée, et la demande ne cesse d'augmenter," déplore-t-elle.
Des aides réduites
Les familles en situation irrégulière souffrent particulièrement, car elles sont souvent exclues des dispositifs d'aide et ne peuvent pas travailler. Le département de la Vienne a récemment restreint l'aide de 200 euros destinée aux familles sans ressources, ne la proposant plus que durant les trois premiers mois de leur arrivée. "Cela affecte directement la capacité des familles à s'éloigner de la précarité," souligne Emmanuelle Devaux, qui appelle à une responsabilité accrue de l'État dans cette crise humanitaire.
Les associations se réunissent à nouveau avec les responsables de l'hébergement d'urgence le 22 mai pour plaider en faveur d'une augmentation des places disponibles, espérant que les voix des plus vulnérables seront enfin entendues.







