Depuis 2021, la pratique de l’autoconservation d’ovocytes est légalement autorisée en France pour les femmes de moins de 37 ans. Trois ans plus tard, une enquête de l'Agence de biomédecine révèle que 80 % des femmes ciblées sont au courant de cette option. Cependant, un phénomène de forte demande complique l'accès à cette procédure essentielle.
"Je me suis dit qu'il ne fallait pas perdre de temps", confie Emeline, une parisienne de 34 ans, qui a lancé sa demande d'auto-conservation il y a un an et demi. Ce processus n'a pas été sans difficultés. "La demande est si grande que sans chercher activement, il est peu probable d'obtenir un rendez-vous", raconte-t-elle à Franceinfo. Après plusieurs évaluations médicales, son prélèvement devrait se concrétiser dans quelques mois.
"J'ai pris cette décision car je suis célibataire et âgée de plus de 30 ans", explique-t-elle, "On se pose beaucoup de questions sur son horloge biologique". Emeline a depuis rencontré un partenaire qui l'accompagne dans cette démarche. Bien qu'ils aspirent à devenir parents, ils souhaitent d'abord solidifier leur relation.
Une demande en forte augmentation
Depuis la légalisation de la congélation d’ovocytes sans justification médicale, la demande explose. Environ 20.000 femmes ont fait une demande en 2022, marquant une augmentation de 30 % par rapport à l'année précédente. "J'ai conseillé cette option à de nombreuses amies qui envisagent d'avoir des enfants, et plusieurs d'entre elles se sont inscrites", partage Emeline.
Au centre hospitalier des Quatre Villes de Saint-Cloud, où elle est suivie, la responsable de la PMA, Dr Joëlle Belaisch-Allart, observe que la plupart des patientes ont autour de 35 ans. "Aujourd'hui, les femmes attendent plus longtemps pour fonder une famille", précise-t-elle. Cela a engendré une augmentation naturelle des demandes de préservation de la fertilité.
Un an d'attente en moyenne
Une fois la première consultation programmée, le chemin reste long. En moyenne, les femmes doivent patienter un an avant de pouvoir réaliser la congélation, car le processus exige un encadrement médical rigoureux, comprenant plusieurs consultations et des examens.
Le Dr Joëlle Belaisch-Allart rappelle les enjeux de la réussite : "Les chances de conception dépendent de l'âge au moment de la congélation. Avant 35 ans, les chances sont de 70 % avec 10 à 15 ovocytes prélevés, tandis qu'après 35 ans, elles tombent à environ 50 %". Elle souligne qu'en France, l'autoconservation sans raison médicale est entièrement prise en charge, ne nécessitant qu'un coût annuel de 40 euros pour les frais de conservation.
Le stockage des gamètes
Les ovocytes peuvent être utilisés jusqu'à 45 ans dans le cadre d'une PMA. Après cette période, selon la décision de la patiente, ils peuvent être donnés ou détruits. À Saint-Cloud, le biologiste Olivier Kulski démontre le local sécurisé où ces gamètes sont stockés à -196 degrés Celsius.
"Lors de la décongélation, nous récupérons la cellule dans son état d'origine", explique-t-il. Le besoin croissant de capacités de stockage a conduit à des projets d'extension de l'espace à l'hôpital, prévu pour cet été, afin de répondre à la demande en croissance. Il est essentiel de considérer cette question à l'échelle nationale, car la congélation de spermatozoïdes est également accessible aux hommes, âgés de 29 à 44 ans, sans raison médicale.







