Un prérapport d'inspection dévoilé ce lundi au Premier ministre Sébastien Lecornu souligne les lacunes qui ont permis à Jérôme Barella, meurtrier présumé, de rester en liberté malgré de graves accusations de viols sur une autre victime, Rosa, âgée de onze ans. Ce document met en évidence qu'un meilleur suivi du dossier aurait pu éviter ce drame tragique.
Plus de quinze jours après la mort de Lyhanna, il est temps de faire le bilan. Ce matin, Sébastien Lecornu a reçu le prérapport d’inspection concernant les manquements ayant permis à Jérôme Barella d’échapper à la justice, malgré des plaintes déposées. Lors d'une conférence de presse, Stépane Noël et Jean-Michel Gentil, à la tête des inspections générales de la justice et de la gendarmerie, ont partagé les premiers éléments de cette enquête administrative. Les résultats pointent du doigt des lacunes catastrophiques dans le suivi de l'affaire Rosa, une jeune fille déjà victime d'agressions sexuelles répétées avant la tragédie de Lyhanna.
Une enquête sérieuse à Toulouse, mais mal relayée
Le rapport commence par écarter toute responsabilité majeure des parquetiers toulousains et de la brigade de Plaisance-du-Touch dans les premières investigations. Les actes d'enquête ont été menés sérieusement, avec des auditions appropriées et des expertises rapidement ordonnées. Les enquêtes ont permis d'identifier le profil préoccupant du suspect et de mesurer le risque de récidive. Les inspecteurs affirment d'ailleurs que les enquêteurs "avaient pleinement conscience du profil du mis en cause et du risque de récidive".
Pendant le transfert du dossier vers le parquet d'Auch, des erreurs cruciales se sont glissées. Les inspecteurs constatent l'absence de mise en avant de l'urgence de la procédure, Jean-Michel Gentil a souligné que "le parquet de Toulouse n’a pas signalé au parquet d’Auch le caractère urgent de la procédure". Aucun message n’a été envoyé pour attirer l'attention sur la situation. De plus, les informations concernant les antécédents criminels de Barella n'ont pas été partagées. Le rapport indique aussi que la mère de Rosa n'a bénéficié d'aucun soutien d'une structure d'aide aux victimes.
À Auch, une absence de priorisation aux conséquences lourdes
Les défaillances les plus significatives ont été notées dans le Gers. À son arrivée au parquet d’Auch, le dossier n’a pas été classé en priorité, malgré les dangers potentiels que représentait le suspect. Les inspecteurs notent qu'il a été "traité comme une procédure ordinaire", sans la prise en compte de la dangerosité réelle de Barella. Ce n'est que grâce à l'initiative de la mère de Rosa, qui a contacté les autorités, que le dossier a finalement pris du retard pour être enregistré.
Les inspecteurs soulignent également un manque de supervision flagrant. Ils notent que "l'enquête n’a pas été suffisamment dirigée et pas du tout contrôlée". Le juge et l'enquêteur n’ont pas été suivis de près, ce qui a entravé toute réaction rapide face aux délais accumulés. Stépane Noël évoque ainsi "un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure", impliquant des manquements de la part de la justice et de la gendarmerie. Aucun manque de moyens matériel n'est en cause, mais bel et bien les insuffisances dans la gestion du cas.
Vers des sanctions et une refonte des procédures
Le rapport ouvre désormais la voie à d'éventuelles mesures disciplinaires à l'encontre des agents concernés, pouvant aller jusqu'à la révocation. Dans un courrier adressé à tous les magistrats, Gérald Darmanin a rappelé que "quand des fautes professionnelles sont établies, personne ne comprendrait qu'elles ne soient pas sanctionnées", tout en réaffirmant son attachement à l’indépendance judiciaire.
Au-delà des responsabilités individuelles, plusieurs pistes de réforme sont envisagées. Les inspecteurs recommandent par exemple d’instaurer des échanges dématérialisés pour les procédures criminelles, ainsi qu’un traitement prioritaire inspiré des dispositifs déjà appliqués aux violences intrafamiliales et une mise à jour des critères de compétence territoriale.
Une nouvelle étape est attendue le 10 juillet, avec un premier bilan des mesures initiées. Le rapport définitif, programmé pour le 5 septembre, examinera plus en profondeur le parcours criminel de Jérôme Barella. Entre-temps, le ministre a commandé un examen de près de 70 000 plaintes en attente dans les juridictions françaises, avec l'espoir de révéler d'autres dysfonctionnements similaires.







