Le premier épisode de la série « Les Gens d’Internet, comment l’influence a commencé » nous plonge dans une époque souvent oubliée : celle des blogs. Avant que les réseaux sociaux ne prennent le devant de la scène, quelques pionniers marquaient déjà les débuts de l'économie de l'influence.
À l'origine, ces auteurs ne poursuivent pas de but commercial. Ils partagent leur passion sous forme de billets d’humeur. « Nos articles parlaient souvent de voyages, de restaurants et de nos sorties », se remémore Laetitia Schurtz, ancienne blogueuse et pionnière. Mais le paysage commence à changer avec l'arrivée des commentaires et des interactions croissantes. « Recevoir des retours sur mes publications devenait rapidement une addiction, » se souvient-elle.
Les marques se manifestent
Rapidement, les marques commencent à prêter attention à ces voix émergentes. En 2009, Kenza Sadoun el Glaoui se lance dans sa première collaboration avec une marque de vêtements. Bien que timides au début, ces partenariats laissent entrevoir les prémices d'un modèle économique innovant. « Mon revenu mensuel tournait autour de 800 euros à cette époque », confie Kenza.
Bruno Maltor, un autre blogueur, explore alors le potentiel du référencement. Grâce à des affiliations avec des plateformes de vente, il commence à générer des revenus passifs, une révolution à son échelle. « Gagner un petit pourcentage sur les ventes de city passes a rapidement ses effets cumulatifs », explique-t-il.
La montée des réseaux sociaux
La blogosphère émerge avec des thématiques variées englobant la mode, la beauté et le lifestyle. Cette richesse attire un public croissant, notamment avec l'appui de Facebook, qui amplifie la portée de ces créateurs. Kenza confie être émerveillée par la connexion avec des lecteurs du monde entier : « On pensait que j'étais isolée dans ma chambre, mais j'avais une vie sociale active », témoigne-t-elle.
En 2010, invitée au festival Coachella, elle partage son expérience en direct sur Twitter, une pratique qui semble aujourd'hui banale mais qui était rare à l'époque.
Un bouleversement dans l'écosystème
Cette arrivée des blogueurs retouche les conventions établies dans le secteur médiatique. « On voyait émerger ces nouvelles figures, » raconte Claire Lerisson de l’agence Monet. Ces influenceurs, en dévoilant leur vie personnelle, transforment le tableau traditionnel de la communication. Les journalistes classiquement formés réagissent souvent avec scepticisme face à ces « intrus » jugés dépourvus de légitimité.
Néanmoins, un nouveau type de confiance s’opère, plus directe et authentique. Toutefois, la montée en puissance de YouTube remet en question cet équilibre précaire, sujet du prochain épisode de la série à paraître mi-juin.
Avec cette série, la réalisatrice Myriam Roche invite à revisiter les racines de cette « creator economy ». « Peu de personnes font le lien entre le passé des blogs et les créateurs d’aujourd’hui », souligne-t-elle. L’évolution de ces espaces d’expression a transformé ce secteur en un véritable marché, dont les prochains épisodes mettront en lumière l'âge d'or de l'influence, entre 2016 et 2018.







