Les autorités chinoises prennent manifestement leur temps pour approuver les avions d'Airbus, tout en exerçant une pression disproportionnée sur les organismes européens compétents. D'après des sources consultées par Bloomberg, cette stratégie vise à manifester l'impatience de Pékin face aux lenteurs de l'UE concernant la certification du C919, l'appareil développé par Comac. En conséquence, la Civil Aviation Administration of China (CAAC) retarde l'approbation des livraisons des avions Airbus sur le sol chinois.
Cette situation engendre déjà des répercussions significatives sur le bilan d'Airbus. Au premier trimestre, le constructeur a enregistré son niveau le plus bas de livraisons d’appareils commerciaux depuis 2009. Airbus a imputé cette baisse à des problèmes administratifs ayant conduit à un blocage d’environ vingt avions destinés à des compagnies chinoises. Guillaume Faury, le PDG d'Airbus, a exprimé sa confiance quant à un retour à la normale d'ici la fin juin, sans préciser l’origine exacte des retards.
Les chiffres témoignent de la gravité de la situation. Selon les données de Cirium, seulement 16 appareils ont été livrés cette année à des compagnies aériennes chinoises, contre 47 l'année précédente. Étant donné que la Chine constitue un marché stratégique pour Airbus, ce retard pourrait avoir des implications financières majeures à long terme.
Le Comac de la discorde
Le C919 de Comac est perçu comme un adversaire direct des modèles A320 et 737. Ce monocouloir, dotant d'une capacité d'accueil de 192 passagers, revêt une importance capitale pour la stratégie aéronautique de la Chine, qui tente de contrecarrer le monopole d'Airbus et Boeing. Malgré une dépendance notable à des technologies occidentales, la Chine aspire à une certification internationale pour ouvrir de nouveaux marchés.
Ce processus de certification, destiné à l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), est réputé long. Bien que la demande ait été déposée en 2019, les tests n'ont repris qu'en novembre dernier, après une pause due à la pandémie. Florian Guillermet, un porte-parole de l'AESA, a évoqué un délai de trois à six ans après le début des tests techniques, ce qui retarde une délivrance possible jusqu'en 2032 voire 2034.
Comac souhaite néanmoins accélérer cette échéance pour obtenir une reconnaissance plus rapidement. À l'heure actuelle, le C919 n'est utilisé qu'en Chine, mais une certification en Europe lui permettrait de viser des ventes internationales.
Ce jeu de pouvoir pourrait affaiblir la position d'Airbus en Chine si les tensions persistent, réaction d'autant plus significative compte tenu de l'importance du marché aéronautique chinois, deuxième au monde après les États-Unis. Alors qu'Airbus demeure le premier fournisseur étranger en termes de flotte, aucune réaction officielle n'a été communiquée par la CAAC ou Comac, et l'AESA a également décliné de faire des commentaires.







