Depuis près de dix mois, quatre marins indiens sont enfermés sur le cargo Azra C, en mer de Marmara. Leur histoire, relayée par l'AFP, met en lumière la tragédie des abandons de navires, un fléau grandissant.
Conformément au droit maritime, ces marins doivent rester à bord du navire, qui doit être suffisamment équipé pour gérer d'éventuelles urgences. Ils avouent manquer de mots pour décrire l'angoisse qui les ronge chaque jour davantage.
"Chaque jour qui passe, notre espoir s’effondre et notre santé, tant physique que mentale, se dégrade", a exprimé l'un d'eux, en passant par un intermédiaire pour préserver son anonymat. Arrivés au large d'Istanbul en août dernier pour des réparations, les membres d'équipage ne reçoivent plus de salaire depuis des mois.
La situation devient encore plus critique avec l'arrestation des propriétaires du Azra C en janvier, en lien avec une enquête antiprocédurale sur un réseau de trafic de drogues, plongeant l'équipage dans un flou total. Selahattin Polat, représentant de la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) en Turquie, a exhorté les autorités à évacuer l'équipage sans délai, notant que le navire se trouve dans une zone de navigation potentiellement dangereuse.
"L'armateur est en détention, et il est impossible de le joindre", souligne M. Polat, qui rappelle que ce triste épisode expose un problème grandissant d'abandon de navires. Les agents maritimes en charge des approvisionnements ont également cessé leurs livraisons, invoquant des paiements irréguliers.
La situation à bord est alarmante, avec des pénuries de carburant et de vivres, selon M. Polat, membre aussi de l'Association turque de solidarité des ouvriers maritimes (DAD-DER). Le Azra C avait été ancré en août pour des réparations, le temps que ses propriétaires règlent des formalités administratives.
Cependant, les armateurs ont disparu, réapparaisant plus tard dans une liste de personnes arrêtées par la police turque pour des suspicions de trafic de drogues. Cette affaire a des ramifications internationales, puisque la police espagnole a saisi récemment du matériel illicite lié à ce même réseau dans le cadre d'une opération à grande échelle.
Les statistiques montrent que 2025 a marqué un record avec 6.223 marins, incluant plus de 1.000 Indiens, bloqués sur 410 navires abandonnés. La Turquie figure en tête de liste avec 61 cas d'abandons relevés l'année précédente. En ce moment, quinze navires battant pavillon étranger sont d’ailleurs considérés comme abandonnés dans la mer de Marmara.
Les autorités turques et le consulat indien surveillent cette situation de près, cherchant des solutions pour rapatrier ces marins. Grâce à l'ITF et à l'Association DAD-DER, ils ont pu bénéficier de quelques provisions essentielles.
L'avenir reste incertain, et deux options se dessinent pour le navire : confier sa gestion à un administrateur judiciaire ou remplacer l'équipage, des solutions qui nécessitent du temps. Bien que certains aient reçu un soutien, l'un des marins a exprimé son profond désespoir en déclarant à l'AFP qu'il doute sérieusement de l'arrivée d'une aide : "Si quelqu'un venait à ma rencontre, je suis sûr que je me mettrais à pleurer".







