L'administration Trump a annoncé mardi la suppression des restrictions sur les deux modèles d'intelligence artificielle (IA) les plus avancés d'Anthropic, signalant ainsi une volonté de réaffirmation de Washington dans un secteur jugé stratégique pour la sécurité nationale.
"Nous avons reçu la confirmation que le ministère du Commerce a levé les contrôles d'exportation sur Claude Fable 5 et Mythos 5", a révélé Anthropic sur X, ajoutant son intention de "réouvrir l'accès" dès mercredi.
Une lettre du ministre du Commerce, Howard Lutnick, a clairement stipulé que la start-up californienne s'engageait à "détecter et traiter de manière proactive les risques de sécurité" liés à ses modèles, ainsi qu'à travailler en étroite collaboration avec le gouvernement américain sur les protocoles nécessaires. Cela inclut également l'obligation d'informer de toute activité malveillante potentielle.
Le gouvernement précise dans cette correspondance qu'il se réserve le droit de réintroduire les restrictions si l'entreprise ne respecte pas ses engagements.
Le 12 juin, Washington avait brusquement contraint Anthropic à suspendre l'accès à ces modèles avancés, invoquant des préoccupations de sécurité après avoir identifié des vulnérabilités qui auraient pu permettre l'utilisation malveillante de ces technologies.
Mardi, John Ratcliffe, directeur de la CIA, a comparé ces IA à des "armes nucléaires numériques", lors d'une prise de parole publique inédite à Washington.
Cette intervention gouvernementale sans précédent avait suscité des critiques internationales, ravivant les discussions autour de la souveraineté numérique dans les pays dépendant largement des technologies américaines.
Anthropic, qui a entretenu des relations tumultueuses avec l'administration Trump, avait déjà obtenu un premier déblocage de Mythos 5 pour quelques "cyberdéfenseurs et opérateurs d'infrastructures" américains, laissant de côté ses partenaires internationaux, notamment les agences de cybersécurité en Europe et en Asie.
La décision annoncée mardi permettra également la remise en ligne de Fable 5, version grand public de Mythos, revêtant des restrictions sur des questions de cybersécurité ainsi que sur les risques d'attaques biologiques et chimiques.
- Cadre 'volontaire' -
Cette affaire met en lumière le changement d'orientation pris par l'administration Trump ces derniers mois. Un décret publié début juin établit les bases d'un examen fédéral des modèles d'IA avancés avant leur commercialisation, tout en insistant sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'instaurer un régime de licences ou de permis gouvernementaux.
Cependant, la réalité semble dessiner un cadre de contrôle plus strict. En effet, le rival d'Anthropic, OpenAI, a récemment annoncé le lancement en accès limité de son modèle GPT-5.6, après validation client par le gouvernement.
Sam Altman, le directeur d'OpenAI, a exprimé que ce processus n'est pas celui qu'il jugeait optimal, tout en soulignant que l'administration "fait globalement un bon travail dans un contexte particulièrement complexe".
Susie Wiles, cheffe de cabinet de la Maison Blanche, a quant à elle salué sur X l'adresse inédite entre le gouvernement et les entreprises technologiques, affirmant que les États-Unis demeurent "l'incontestable vainqueur" de la compétition mondiale sur l'IA.
De nombreux analystes estiment que cette évolution du gouvernement pourrait favoriser les modèles ouverts et peu coûteux, tels que celui du chinois DeepSeek, plus séduisants pour les clients cherchant à éviter toute dépendance excessive vis-à-vis des États-Unis.
En pleine course à la technologie, les géants américains investissent des sommes colossales dans la construction de centres de données et dans le développement d'IA, sans garantie de rentabilité immédiate pour leurs produits.
Avec une valorisation avoisinant les mille milliards de dollars depuis sa création il y a cinq ans, Anthropic a déposé son projet d'introduction en Bourse en juin, tout comme OpenAI, marquant ainsi une nouvelle étape dans l'évolution du secteur.







