La consolidation dans le secteur de la livraison de repas continue d'évoluer. L'entreprise allemande Delivery Hero a annoncé ce jeudi avoir accepté l'offre de rachat d'Uber pour un montant impressionnant de 12,7 milliards d'euros. Cette opération suscite déjà l'attention des régulateurs de la concurrence, tant elle pourrait redéfinir les dynamiques du marché.
Uber, déjà premier actionnaire de Delivery Hero avec environ 36 % de parts détenues indirectement, a intensifié son offre initiale pour en acquérir la majorité. Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large de consolidation, notamment après l'acquisition de Deliveroo par DoorDash et de Just Eat Takeaway par Prosus, démontrant ainsi un intérêt croissant pour le secteur.
Avec la volonté de créer une plateforme mondiale présente dans 99 pays et une valorisation brute atteignant 236 milliards d'euros d'ici 2025, l'enjeu est de taille. Les deux entreprises souhaitent fusionner et ainsi proposer des services de livraison plus compétitifs, mais cela ne va pas sans soulever des inquiétudes auprès des autorités de la concurrence.
- Caution renforcée -
Pour répondre aux préoccupations des régulateurs, Delivery Hero a déjà prévu de se retirer de 14 marchés en Europe et en Amérique du Sud, en vendant ses activités pour 1,4 milliard d'euros au fonds d'investissement new-yorkais SSW Partners. Actuellement, l'Europe ne représente que 17 % des revenus de Delivery Hero, dont la majorité provient d'Asie et du Moyen-Orient, après son retrait du marché allemand.
La Commission Européenne a déjà infligé une amende de 329 millions d'euros à Delivery Hero en 2025, soulignant des pratiques anti-concurrentielles ayant poussé à la hausse des prix en Espagne. Cette situation rappelle que des rachats de cette ampleur peuvent avoir des conséquences bien réelles sur le consommateur, comme l'indique Kai Hudetz, directeur de l'institut de recherche IFH Cologne, qui met en garde contre des hausses potentielles de prix.
Les consommateurs, actuellement très sensibles aux prix, pourraient être fortement impactés si la consolidation se poursuit sans régulation adéquate.
Uber avait précédemment tenté de racheter la division taiwanaise de Delivery Hero, mais l'opération avait été bloquée par les autorités locales craignant une mainmise de 90 % sur le marché. En dépit de ces revers, Delivery Hero s'est engagé à finaliser la vente d'ici le second semestre 2027, sous réserve d'autorisation réglementaire.
Niklas Östberg, le directeur général et cofondateur de Delivery Hero, justifie ce partenariat en affirmant qu'il s'agit du bon choix pour tirer parti des forces des deux entreprises dans le secteur du quick commerce et de la livraison de repas locale.
- Vers une rentabilité ? -
L'offre d'Uber Eats s'avère être une prime d'environ 34 % par rapport à la moyenne des actions de Delivery Hero sur les trois derniers mois. Les actions de Delivery Hero ont légèrement augmenté de 1,26 %, pour s'établir à 38,65 euros à la bourse de Francfort, affichant une résilience face aux annonces.
Malgré une croissance notable depuis sa création en 2011, soutenue par la pandémie, Delivery Hero n'a jamais été rentable, reportant une perte nette de 700 millions d'euros en 2025. De plus, son directeur, Niklas Östberg, prévoit de quitter ses fonctions en mars 2027.
Dans le cadre de l'accord, Uber s'engage à maintenir le siège de Delivery Hero à Berlin, à garantir un contrôle indépendant du directoire et à assurer la protection des employés jusqu'en 2029. En outre, l'américain prévoit d'investir deux milliards d'euros en Allemagne d'ici 2031, ce qui pourrait bien changer la donne sur le marché européen.







