Dans un tournant significatif pour les relations commerciales internationales, l'accord de libre-échange Mercosur a officiellement obtenu l'approbation d'une majorité des États membres de l'Union européenne. Cette validation a été quelque peu attendue, notamment après des débats animés au sein des instances européennes, où des pays comme la France ont clairement exprimé leur opposition. Malgré cela, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se prépare à se rendre au Paraguay pour y signer ce traité emblématique dès lundi prochain.
Le soutien crucial de l'Italie a été décisif pour atteindre la majorité qualifiée nécessaire, tandis que la France a voté contre, dénonçant les conséquences économiques sur le secteur agricole européen. Nombreux sont les agriculteurs qui craignent que l'entrée de produits sud-américains sur le marché européen ne détruise des emplois locaux et altère les normes environnementales strictes qui régissent l'Europe. Comme l'a souligné Jean-Pierre Crouzet, président de la Coordination ruraLe, "nous sommes face à un accord qui met en péril notre modèle agricole européen".
Négocié depuis 1999, cet accord représente l'une des zones de libre-échange les plus vastes au monde, unissant l'Europe à des pays d'Amérique du Sud tels que le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay, regroupant plus de 700 millions de consommateurs. Les partisans de l'accord, dont l’Allemagne et l’Espagne, soutiennent qu'il pourrait revitaliser une économie européenne en difficulté, notamment face à la concurrence croissante de la Chine et aux droits de douane imposés par les États-Unis. La suppression des droits de douane pourrait favoriser l’exportation de secteurs tels que l’automobile, les machines, et même le vin et le fromage européens.
Cependant, le traité ouvre également la porte à des produits sud-américains, tels que le boeuf, la volaille et le soja, souvent moins chers et respectant souvent moins les normes mais qui inquiètent les industries locales. Les quotas de produits détaxés risquent de bouleverser de nombreuses filières en France, suscitant des inquiétudes parmi les agriculteurs et les consommateurs. Selon une étude de France Stratégie, les conséquences de cet accord sur l'emploi dans l'agriculture pourraient se faire ressentir à long terme.
Alors que les eurodéputés vont maintenant examiner la ratification de ce traité, il semble probable que le débat soit profond et serré, reflet des intérêts divergents des États membres. L’issue de ce scrutin sera suivie de près, tout comme les débats futurs autour des normes d’évaluation et de suivi des impacts environnementaux et économiques de cet accord. La pression est forte de part et d'autre, et l'avenir de l'agriculture européenne peut en dépendre.







