« Quand vous construisez 500 logements, environ 300 ne servent pas à loger des habitants permanents », déclare Gilles Lurton, le maire (LR) de Saint-Malo, qui brigue un nouveau mandat lors des élections municipales de mars prochain.
En seulement six ans, Saint-Malo est devenu un symbole de la lutte contre les locations touristiques : la ville impose désormais un enregistrement pour louer un logement à des touristes, limite la location à un seul logement par propriétaire, et fixe des quotas selon les zones. Dans le célèbre quartier des remparts, seulement 12,5% des logements peuvent être utilisés comme locations touristiques.
Les défis d'une régulation efficace
La mesure, attaquée en justice par des propriétaires, a été validée par le tribunal administratif en 2024 et a inspiré la fameuse loi Le Meur qui encadre les meublés touristiques au niveau national. Cependant, le bilan reste mitigé. L’objectif était également de retrouver des résidences principales. « Cela a stabilisé la situation », estime Lurton, mais il ne peut quantifier les résultats obtenus.
De son côté, Jérôme Lebrun, gérant d'un cabinet immobilier local, confie : « Je n'ai pas plus de logements à louer à l'année aujourd'hui ». Il remarque l'« effet pernicieux » de cette régulation, qui a impacté aussi bien les propriétaires que l'écosystème de la location saisonnière.
« La régulation a quelque peu pénalisé tout le monde », souligne-t-il, indiquant que les propriétaires qui louaient pour couvrir leurs charges se retrouvent en difficulté.
Au niveau national, Airbnb affirme n’avoir « pas constaté d'évolution récemment significative du volume d'offres » depuis la mise en place de la loi Le Meur mais admet que « les quotas par quartier sont une solution adaptée » pour des villes comme Saint-Malo.
Interdire les nouvelles constructions pour les résidences secondaires
Pour faire face aux difficultés persistantes, Saint-Malo a décidé, à l'instar de Cancale, d'interdire la construction de nouvelles résidences secondaires, qui représentent actuellement 27% de son parc de logements. La municipalité a ainsi modifié son plan local d’urbanisme fin 2025 pour interdire toute nouvelle construction destinée à ce type d'habitat, se concentrant uniquement sur les nouveaux projets, qui pourraient inclure 3 000 logements permanents.
L'impact sur le secteur touristique
Avec 2,7 millions de visiteurs prévus pour la saison estivale 2025 — dont 42% d'étrangers —, Véronique Descamps, engagée dans la lutte contre Airbnb, se demande si le logement ne doit pas redevenir l'objectif principal des électeurs. Elle met en garde contre un développement de la ville qui privilégierait des intérêts étrangers. « Saint-Malo doit rester une ville à vivre », exige-t-elle.
Les habitants sont divisés sur les enjeux touristiques : alors que de nombreux commerçants estiment que l’activité a chuté avec la régulation, d'autres comme Claire Guinemer, poissonnière locale, admettent qu'une clientèle touristique est cruciale pour la survie de leur commerce.
« On ne pourrait pas vivre à l'année sans cette clientèle touristique », alerte-t-elle, soulignant qu'il faut être prudent pour maintenir un équilibre fragile entre tourisme et vie locale.
Les témoignages d'habitants montrent des préoccupations croissantes concernant l'absence de services de proximité. Certains, comme Christian Bertheau, notent que beaucoup d'appartements de leur immeuble sont désormais en location Airbnb et ressentent l'impact sur le dynamisme local. « Les candidats aux municipales doivent s'emparer de ce sujet. Cela influencera le vote », conclut un résident.







