À partir d'aujourd'hui, le tribunal correctionnel de Paris se penche sur une affaire de fraude qui a touché près d'une centaine de victimes, entraînant un préjudice de 740.000 euros. Onze individus seront jugés pour leur implication présumée dans un réseau de faux conseillers bancaires.
Les enquêteurs ponctuent leur investigation sur un modus operandi astucieux. Les victimes recevaient d'abord un SMS prétendument émis par leur banque, les alertant d'un achat suspect et leur demandant de contacter un numéro de téléphone commençant par 01. Les interlocuteurs, se faisant passer pour des agents des fraudes bancaires, les persuadaient de renvoyer leur carte bancaire dans une enveloppe pour destruction, avant qu'un coursier ne vienne la récupérer.
Une fois la carte et le code PIN en main, ces coursiers se dépêchaient de siphonner les comptes des victimes, à la fois par des retraits en distributeurs et des achats dans des grandes surfaces d'électroménager.
L'enquête a mis au jour 148 faits criminels enregistrés sur le territoire français entre avril 2022 et avril 2023. Les enquêteurs font état d'une structure hiérarchique au sein de ce réseau, dirigée par un individu connu sous le surnom de "padrino", opérant à distance depuis le Maroc.
D'après les services de police, la fraude par manipulation a considérablement augmenté depuis 2021, selon des études de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement de la Banque de France. Pierre Bienvenu, chef du service des moyens de paiement, explique que le déploiement de l'authentification forte sur les applications bancaires a obligé les fraudeurs à trouver de nouvelles stratégies : "La fraude est devenue presque impossible sans l'implication directe de la victime." En effet, les escroqueries de ce type ont totalisé 382 millions d'euros en 2024.
L'impact sur les victimes est également souligné par Me Virginie Audinot, avocate spécialisée : "Il n'y a pas de profil type. J'ai des clients allant des étudiants aux retraités, parfois des personnes de haut niveau." La tactique des fraudeurs consiste à plonger leurs cibles dans un état de panique fixé sur une alerte frauduleuse.
Un exemple frappant est celui d'Anne Bosquet, facilitatrice graphique dans les Hautes-Alpes, qui a été contactée par un faux conseiller. "Pour éviter une fraude, il voulait que je partage mon écran sur WhatsApp", se souvient-elle. Alertée à temps, elle a évité le piège, contrairement à d'autres, dont un couple de retraités qui a perdu plus de 600.000 euros.
Sur le plan légal, le Code monétaire et financier stipule que les banques doivent indemniser leurs clients en cas de transaction non autorisée, sauf en cas de négligence avérée. Toutefois, des jugements récents ont confirmé que les banques devaient rembourser même si les fraudeurs utilisaient le spoofing, une méthode de falsification des numéros de téléphone.
Avec la mise en place, d'ici fin 2024, d'une législation obligeant les opérateurs à garantir l'authenticité des numéros d'appel, les fraudeurs doivent adapter leurs méthodes. Pierre Bienvenu reste prudent : "Bien que cela complique leur activité, la fraude persiste car les escrocs font évoluer leur discours en permanence."







