Alain Orsoni, figure emblématique du football corse et ancien président de l'AC Ajaccio, a été tragiquement abattu à 71 ans, alors qu'il assistait aux funérailles de sa mère à Vero, en Corse-du-Sud. Sa mort, causée par un tir à distance, a déclenché une enquête pour assassinat en bande organisée, révélant l'ampleur des tensions violentes qui continuent de secouer l'île.
Orsoni, qui avait pris la tête de l'AC Ajaccio en juillet 2008, savait qu'il était constamment sous menace, un contexte aggravé par les règlements de comptes entre clans de la criminalité organisée. En effet, à peine intronisé, il avait déjà été la cible d'un complot d’assassinat orchestré par le clan du « Petit Bar », dont les membres avaient été interceptés par la police alors qu'ils planifiaient sa mise à mort.
Le climat de violence en Corse a cessé d’être un secret mal gardé depuis des années. Un proche du cercle du « Petit Bar » avait confié au Parisien en 2012 : « Ils veulent tuer Alain parce qu’ils veulent mettre la main sur la ville ». Cette citation illustre la spirale de la violence et du pouvoir qui a gangrené de nombreuses figures du nationalisme corse.
Le climat d'incertitudes entourant Orsoni s'est intensifié après la mort de Jean-Jé Colonna en 2006, un parrain dont l'héritage pesait lourd dans la lutte de pouvoir à Corse-du-Sud. Orsoni, qui revenait d'un long exil en Amérique centrale, a été perçu comme un potentiel acteur clé dans les rivalités en cours, ce qui a exacerbé les menaces pesant sur lui.
Le 26 août 2008, des policiers ont évité de justesse un drame en arrêtant plusieurs membres d'un commando, qui préparaient une attaque contre lui. Ce coup de filet a permis d'y voir plus clair sur les rivalités meurtrières sur l'île. En dépit de ces tentatives d’assassinat, Orsoni a continué à vivre sur ses propres terres, entouré de mesures de sécurité.
Dans une interview accordée récemment au Parisien, Orsoni avait déclaré : « Je ne vois pas le lien entre ma position et les meurtres autour de moi, je ne peux que me concentrer sur ma vie ». Ces mots résonnent désormais d’une tristesse poignante, alors que la Corse se retrouve une fois de plus sous les feux de la rampe avec la perte d’un leader ayant tenté de neutraliser des conflits sanguinaires.
Cette affaire, qui rappelle la mort du bâtonnier Antoine Sollacaro, en 2012, jette une ombre supplémentaire sur le paysage social et politique de la Corse. La peur et la violence semblent perpétuelles, et la question des règlement de comptes demeure largement ouverte. À présent, le défi pour la justice sera de déceler les véritables commanditaires de cet assassinat, au-delà des exécutants.







