Le récent transfert de détenus de l'Hélicoïde, prison tristement célèbre pour ses conditions de détention et ses violations des droits humains, génère des inquiétudes concernant l'éventualité de sa fermeture définitive, comme l'ont rapporté des proches des détenus et des militants des droits de l'homme.
Cet éventuel dénouement serait un signal fort, mais les familles, rassemblées mercredi devant la prison de Caracas, dénoncent le manque de transparence entourant ce processus. Elles s'inquiètent également des conditions de transfert vers des établissements éloignés, rendant les visites encore plus difficiles.
L'Hélicoïde, autrefois un joyau architectural, a été réaffectée en prison politique. Son maintien en fonctionnement a persisté malgré les déclarations de la présidente par intérim Delcy Rodriguez, qui avait, un mois après son accession au pouvoir en janvier, ordonné sa fermeture suite à la capture de Nicolas Maduro par les forces américaines.
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a annoncé mardi que "la prison infâme, l'Hélicoïde, a été fermée", alors que des détenus y étaient toujours incarcérés, laissant planer le doute sur la véracité de cette information.
Des transferts ont eu lieu mercredi, prenant au dépourvu les familles. Aucune communication officielle sur la destination des détenus n'a été faite. Andreina Baduel, une activiste et fille d'un général décédé en détention, a déclaré à l'AFP que l'Hélicoïde est "totalement vide" et que les prisonniers politiques ont tous été relâchés ou transférés dans d'autres prisons.
"Ce sont nos réseaux de solidarité et les prisonniers eux-mêmes qui nous ont fourni ces informations," a ajouté Baduel. Cependant, l'AFP n'a pas réussi à obtenir de confirmation officielle de cette allégation.
L'atmosphère autour de la prison est restée calme jeudi. Un agent de sécurité, interrogé par une journaliste, a même rapporté qu"il ne restait plus personne à l'intérieur". Pour Renzo Prieto, un ancien député qui a passé plusieurs années dans cette prison, le véritable changement ne réside pas uniquement dans la fermeture de l'Hélicoïde, mais dans la nécessité d'une réforme totale de la politique gouvernementale et d'un arrêt de la répression.
L'ONG Observatoire vénézuélien des prisons (OVP) a exigé des autorités qu'elles clarifient immédiatement où se trouvent toutes les personnes transférées. Des proches des détenus, désespérés, se sont rassemblés autour de la prison, posant des questions sur les raisons des transferts.
Après des heures d'angoisse, ce sont les détenus eux-mêmes qui ont pu rassurer leurs familles, appelant de leurs nouvelles cellules. Ce développement intervient dans un contexte de libérations massives de prisonniers et d'une amnistie controversée décrétée par Rodriguez, en réponse à des pressions de Washington.
D'après des sources officielles, 1.280 prisonniers politiques auraient été libérés depuis janvier, dont 395 grâce à l'amnistie. Toutefois, l'ONG Foro Penal évoque des chiffres bien inférieurs, ne comptabilisant que 800 libérations dont seulement un quart sous le régime de l'amnistie. Selon leur rapport, 404 prisonniers politiques restent derrière les barreaux.
Fin février, Delcy Rodriguez avait suggéré que l'Hélicoïde soit reconvertie en "centre social, sportif, culturel et commercial". Mais les défenseurs des droits de l'homme appellent à la création d'un "centre de mémoire" pour se souvenir des atrocités commises. Selon Marino Alvarado, un éminent défenseur des droits, M. Rodriguez et son administration ne s'engageront jamais dans une telle voie, de peur d'être exposés au grand jour.







