Des civils ukrainiens en première ligne face aux évacuations obligatoires

Sous les bombardements, l'Ukraine fait face à des évacuations massives de ses civils.
Des civils ukrainiens en première ligne face aux évacuations obligatoires
Katya et Sasha évacués de Zolochiv DDM - Emmanuelle Chaze.

Dans la région de Kharkiv, l'armée russe n'a toujours pas progressé militairement, mais malgré cela, Moscou intensifie ses bombardements ciblant systématiquement les civils le long de la ligne de front. Face à cette escalade, les autorités ont décrété de nouvelles évacuations obligatoires, touchant plus de 7 000 adultes et 1 300 enfants.

Dans la cour d'une école, qui n'a pas accueilli de cours depuis février 2022, quelques bacheliers viennent récupérer leurs diplômes après une année d'études en ligne. La scène peut sembler banale, mais elle est exceptionnelle dans ce contexte de guerre.

Dans cet internat de Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine, ces jeunes, parés de leurs plus beaux vêtements pour l'occasion, reçoivent leurs certificats au milieu de personnes déplacées en provenance des villes voisines, fuyant les combats. Ces derniers sont accueillis par une quinzaine d'ONG qui gèrent leur arrivée, une logistique bien rodée depuis quatre ans.

Maryna Tymchenko, coordinatrice régionale pour l'assistance financière aux personnes déplacées, souligne : « Aujourd'hui, chaque personne déplacée reçoit une aide de 12 300 hrivnias (soit environ 237 €). Pour ceux qui ont perdu leurs documents dans les bombardements, nous proposons également une assistance juridique. »

Un afflux constant de personnes

Récemment, ce centre de transit accueille entre 100 et 150 personnes par jour, un chiffre en constante augmentation depuis que les autorités ont ordonné l'évacuation obligatoire dans sept communes du secteur de Borodukhiv, une zone particulièrement touchée par le conflit. Les bombardements sont quotidiens, et jusqu'à 7 157 adultes, 1 702 enfants et 311 personnes à mobilité réduite sont directement concernés par ces mesures. En attendant une solution durable, ceux qui passent par ce point de transit humanitaire reçoivent une assistance juridique, financière, logistique, médicale et psychologique.

Dans le hall d'entrée, des personnes âgées, un foulard blanc sur la tête et un tablier autour des hanches, attendent leur tour, visiblement épuisées. Certaines ont amené leur animal de compagnie tandis que des familles portent d'énormes sacs plastiques avec leurs biens essentiels. Chacun d'eux reçoit un sac à dos rempli de couvertures et de produits de première nécessité.

Parmi ces déplacés, Katya et son fils Sasha, âgé de 6 ans, viennent de Zolochiv, une petite commune de 5 000 habitants. Katya raconte : « Il n'y a plus rien autour de Zolochiv, c'est devenu un cimetière. Les drones détruisent tout : maisons, aires de jeux, voitures. Les enfants sont coincés chez eux ou dans des abris. Cependant, atteindre Kharkiv était périlleux, car les Russes visent les véhicules civils. Nous avons dû rouler à toute vitesse pour échapper à cette terreur. La situation était insupportable. » Elle confie également : « J'ai passé 34 ans là-bas, évoquant une vie, un emploi, et mes parents refusent de quitter leur maison. » Sasha, assis sur les genoux de sa mère, semble soulagé d'être enfin hors de danger.

Les défis psychologiques des enfants

Dmytro Yakovenko, psychologue au sein de l'ONG humanitaire Proliska, indique : « À leur arrivée, les personnes réagissent de manières très variées : certaines sont déprimées, d'autres en état de choc ou souffrent de crises d'angoisse. La santé mentale des enfants est étroitement liée à celle de leurs parents, car ils les imitent. » Parmi les enfants qui affluent au centre, certains, ayant vécu plus de quatre ans sous les bombardements, présentent des retards de développement ou des troubles comportementaux. Dès leurs premières heures d'évacuation, ils bénéficient de l'accompagnement d'éducateurs spécialisés. Cependant, le centre de transit lui-même a déjà été frappé par des bombardements, et les alertes aériennes régulières rappellent que la guerre est omniprésente. Pour ces enfants, la paix en Ukraine n'est qu'un lointain souvenir.

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