Date marquante, le 16 juin 1976, représente le début d'une lutte décisive contre l'apartheid, marquée par les événements tragiques de Soweto. Les révoltes, face à la brutalité policière, ont tout changé en Afrique du Sud et continuent de nourrir des débats aujourd'hui.
Sur les lieux de ces affrontements, la mémoire s'efface lentement. La peinture rouge, censée commémorer le sang versé – plus de 176 vies perdues – n'est plus qu'un souvenir lointain. Seth Mazibuko, figure emblématique du soulèvement, plaide pour que le terrain soit pavé de pierres colorées naturelles, mais ses idées semblent avoir été négligées.
« En désignant le 16 juin 'jour de la jeunesse', nous dévalorisons cet événement tragique. Les gens festoient sur des morts », déplore-t-il auprès de l'AFP. Sa passion pour la justice, née lorsqu'il était adolescent, continue de le guider aujourd'hui. À 65 ans, ayant passé sept années de sa vie emprisonné à Robben Island, il éprouve un profond désarroi face aux projets d'ouvrir des hébergements touristiques sur ce site chargé d'histoire : « Cela me semble déplacé », indique-t-il.
Les luttes d'hier continuent de résonner dans le présent. La célèbre photographie de Sam Nzima, représentant Hector Pieterson mort dans les bras d'un camarade, demeure un symbole poignant de la résistance et de la brutalité du régime. Un an après ces événements, l'ONU imposait un embargo sur les ventes d'armes à l'Afrique du Sud.
Peu après, Seth raconte son émotion face à des élèves qui, interrogés sur Hector Pieterson, ne font le lien qu'avec le film « Sarafina » : « C'est affligeant que cette jeune fille associe le sacrifice d'Hector à la danse », dit-il, la voix empreinte de tristesse.
Antoinette Sithole, la sœur d'Hector, se souvient encore de ce jour tragique comme d'hier. À 66 ans, elle se retrouve souvent près du musée qui porte le nom de son frère, perpétuant ainsi leur mémoire. « Pour moi, ce jour-là est gravé à jamais », confie-t-elle, évoquant la douleur qui lui a fait perdre contact avec la réalité.
Son témoignage souligne l’urgence de rendre justice : « De nombreuses familles cherchent toujours à panser leurs blessures. Ceux qui ont gouverné n’ont jamais connu cette souffrance », déplore-t-elle. Un sentiment d'inachevé persiste, alors que le pays se débat avec des défis économiques et sociaux, plus de trente ans après l'élection de Nelson Mandela.
« Beaucoup espéraient que la fin de l'apartheid améliorerait nos vies », souligne Antoinette. Pourtant, le taux de chômage atteint des sommets de 32,7%, avec une criminalité alarmante de plus de 60 meurtres par jour. Le coefficient de Gini classe l'Afrique du Sud parmi les pays les plus inégalitaires au monde.
Rappelant les brutalités subies après sa capture, Seth espérait que ses souffrances contribueraient à un avenir meilleur pour son peuple. Malheureusement, il observe encore des jeunes vivre dans des conditions précaires : « Tant de dirigeants vivent dans l'ignorance de ces réalités », conclut-il. Pour tous ceux qui ont lutté et sacrifié leur vie, leur voix résonne encore dans les rues : « Nous ne sommes pas morts pour ça ».







