Mandera (Kenya) (AFP) – Harada Hussein Abdirahman a frôlé la mort pendant près d'un an à cause d'un kala-azar dont le diagnostic a été tardif. Cette Kényane de 60 ans témoigne du calvaire enduré, malgré sa chance d'être une survivante. Le kala-azar, ou leishmaniose viscérale, est une maladie méconnue mais particulièrement dévastatrice dans les zones arides d'Afrique, notamment dans le nord-est du Kenya.
Souvent qualifiée de "fièvre noire" en hindi, cette maladie est causée par un parasite transmis par des piqûres de moucherons. Elle entraîne de graves symptômes tels que fièvre, perte de poids, et enflure de la rate et du foie. Sans traitement approprié, le taux de mortalité peut atteindre 95 %. Abdirahman estime avoir été contaminée pendant qu'elle gardait du bétail dans l'immense comté de Mandera, frappé par l'endémie.
Dans cette région, qui se situe à la frontière de la Somalie et de l’Éthiopie, seuls trois établissements sont en mesure de fournir des traitements contre cette maladie. Malheureusement, Harada a d'abord sollicité des soins d'un pharmacien local, recevant des traitements inappropriés pour la dengue et le paludisme pendant un an.
"J’étais persuadée que j’allais mourir. Cela a été pire que tout ce que l’on aurait pu imaginer", confie-t-elle à l’AFP. Finalement, elle a été diagnostiquée avec un kala-azar et nécessitait des traitements lourds, ayant perdu une partie de son audition à cause de ces médicaments.
Chaque année, entre 50 000 et 90 000 cas de kala-azar sont répertoriés dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Cependant, ce chiffre est probablement sous-estimé, car seulement 25 à 45 % des cas sont signalés. La majorité des malades se trouve en Afrique de l'Est.
Une épidémie croissante
Les changements climatiques exacerbent cette situation en étendant la plage géographique des phlébotomes, les moucherons vecteurs de la maladie. D'après le Dr Cherinet Adera, chercheur à l'Initiative Médicaments pour les maladies négligées à Nairobi, "le réchauffement climatique augmente le risque de flambées dans des zones jusqu'ici épargnées".
En 2025, le Kenya a signalé 3 577 cas, un chiffre alarmant comparé aux 1 575 cas de 2024. Les autorités estiment que six millions de Kényans sont potentiellement exposés.
Les autorités sanitaires imposent des restrictions aux déplacements durant les périodes où les moucherons sont les plus actifs. Les conséquences de cette maladie sont dévastatrices : plusieurs ouvriers d'une carrière à Mandera ont souffert d'infections, et deux d'entre eux ont perdu la vie.
Evans Omondi, un ouvrier cherchait à comprendre cette "étrange maladie" qui a emporté ses collègues. De son côté, Peter Otieno témoigne : "Nous avions très peur de voir nos amis se détériorer chaque jour". Ces témoignages soulignent un sérieux manque d'information et d'éducation sur le sujet.
Treize pays, dont six en Afrique, concentrent 95 % des cas de kala-azar. En 2023, des pays africains se sont réunis à Nairobi pour établir un cadre d'élimination de la maladie d'ici 2030. Pourtant, la difficulté à diagnostiquer et traiter efficacement le kala-azar au Kenya reste une préoccupation majeure.
Le Dr Paul Kibati de l’ONG Amref alerte sur le besoin urgent de former les agents de santé : des erreurs peuvent coûter la vie. De plus, le coût du traitement peut atteindre 100 000 shillings kényans (environ 650 euros), une somme inaccessibles pour la majorité des habitants, renforçant ainsi la vulnérabilité des plus pauvres face à cette maladie ravageuse.
Avec les phénomènes climatiques menaçants et la malnutrition croissante, le kala-azar devient un problème de santé publique. Les experts s'attendent à ce que les cas augmentent, rendant la situation encore plus urgente.







