Le Cap (AFP) – Cinq ans après avoir été au bord de la faillite pendant la pandémie de Covid-19, la Zambie connaît une transformation impressionnante. Le pays, qui a lutté contre une dette insoutenable, est désormais au centre d'une convoitise mondiale pour ses vastes réserves de cuivre, surnommé "or rouge". Dans ce contexte, la compétition entre grandes puissances pour sécuriser l'approvisionnement en cuivre devient de plus en plus intense.
Cette ruée vers le cuivre est alimentée par une demande croissante liée à des domaines tels que l'intelligence artificielle, les énergies renouvelables, et les véhicules électriques, pour lesquels ce métal est essentiel. Des pays comme la Chine, les États-Unis, le Canada, et plusieurs nations européennes rivalisent pour s'assurer un accès privilégié à cette ressource insubstituable.
Le président zambien, Hakainde Hichilema, a déclaré lors de la conférence Mining Indaba au Cap, que plus de 12 milliards de dollars (environ 10 milliards d'euros) avaient été investis dans le secteur minier depuis 2022. Selon les chiffres de l'Institut des études géologiques des États-Unis, la Zambie se classe comme le deuxième producteur de cuivre d'Afrique et le huitième au monde.
Le cuivre génère près de 15% du PIB zambien et représente plus de 70% des recettes d'exportation. Avec une production de cuivre ayant crû de 8% l'année dernière, le gouvernement espère tripler cette production pour atteindre 890.000 tonnes annuelles d'ici dix ans. Cela place la Zambie parmi les économies les plus dynamiques d'Afrique, avec une croissance prévue à 5,8% cette année, selon le FMI.
Des avancées prometteuses mais des enjeux cruciaux
Cependant, cette expansion rapide de l'industrie minière soulève des préoccupations sur ses impacts environnementaux et sociaux. De nombreux experts, comme Deprose Muchena, directeur de programme à l'Open Society Foundation, ainsi que Daniel Litvin du groupe Resource Resolutions, mettent en garde contre un modèle d'exploitation minière qui pourrait permettre à une minorité d'enrichir sans bénéfice pour les populations locales, souvent laissées pour compte.
Le récent passé de la Zambie avec ses ressources naturelles rappelle les périodes coloniales, où les richesses du continent africain profitaient principalement aux puissances étrangères. Le défi actuel consiste donc à veiller à ce que cette nouvelle “boum” ne se traduise pas par une répétition des erreurs du passé. Les partenaires internationaux doivent s'engager à établir des relations qui profitent réellement aux Zambiens.
Les entreprises chinoises dominent le secteur, avec des investissements massifs dans l'exploitation des ressources. D'autres acteurs, comme First Quantum Minerals, une société canadienne, jouent un rôle clé dans l'économie minière zambienne. Malgré tout, des compétiteurs asisatiques, ainsi que des investisseurs américains, tentent également de se frayer un chemin sur ce marché en plein essor.
Pour compléter le tableau, la Zambie doit également faire face à des défis environnementaux, exacerbés par des pratiques d'extraction peu durables. En février 2025, un accident dans une mine de cuivre a déversé des millions de litres de déchets dans un affluent du fleuve Kafue, provoquant une inquiétude parmi les agriculteurs zambiens qui exigent des réparations. Deprose Muchena souligne donc l'importance de prioriser les droits des populations locales et la durabilité à long terme dans cette nouvelle quête de richesse.
En conclusion, la Zambie est à un tournant critique, avec des possibilités de prospérité liées à ses ressources minières, mais également avec des responsabilités envers ses citoyens qui réclament des bénéfices tangibles de l'exploitation de leurs richesses naturelles.
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